Du polar : entretiens avec Philippe Blanchet

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Essai - Policier

Du polar : entretiens avec Philippe Blanchet

Enquête littéraire MAJ lundi 22 avril 2013

La conquête du Noir

À Bertrand Tavernier qui lui demandait pourquoi au lieu de raconter des faits il ne cessait d'ouvrir et d'ouvrir des parenthèses - qu'il n'oubliait cependant pas de refermer -, le grand réalisateur américain Samuel Fuller rétorqua que sans ça il n'y aurait pas d'histoire. C'est une leçon bien assimilée par Français Guérif à l'heure de nous confier en un entretien avec Philippe Blanchet, une richesse d'anecdotes et de confidences littéraires savoureuses. Il faut dire que l'homme et son parcours fascinent.

Libraire, écrivains de documents cinématographiques, cinéphiles, directeur de collection, éditeur, spécialiste des littératures policières, révélateur d'un genre : il est passé par tous ces états alternativement ou simultanément. Et il a surtout rencontré des gens en plus de quarante années d'une vie prompte à défendre des goûts littéraires sûrs. Aucune révélation ne vient perturber une discussion si ce n'est une double figure tutélaire pressentie. François Guérif est marqué à jamais par deux auteurs inévitables : Robin Cook et James Ellroy. Il narre la naissance d'une amitié, il tente d'expliquer les rapports qu'il a eu avec ces deux grands auteurs, il explicite leur influence, il décline leur filiation, il s'offre un regard sur le paysage éditorial français, survole avec élégance la grande histoire du polar, et l'on se dit que l'on part un peu avec cet éclaireur chevronné à la conquête du Noir.

Et c'est tout à fait ça ! De la création de la librairie spécialisée Le Troisième œil aux deux collections "Noir" et "Thriller" aux éditions Rivages, il y a eu beaucoup d'escarmouches pour amadouer un genre qui l'a souvent fui. Des collections avortées, des collections mortes, des succès qui tardent à venir, une revue "Polar" qui ressuscite à de nombreuses reprises avant de mourir de sa belle mort. "Red Label" symbolise à elle seule l'échec et ses raisons. La collection qui maintenant se retrouve en bonne place sur les étals des bouquinistes, devait être sponsorisée par un spiritueux. Son lancement est concomitant à la loi Evin qui règlemente la publicité pour l'alcool. L'absence de soutien financier la plombe et pourtant quel catalogue ! De James M. Cain à Fredric Brown, on y retrouve la patte de François Guérif. Et puis, comme dans toutes les belles aventures, c'est un peu celle à laquelle on croit le moins qui va le plus loin. La collection "Rivages-Noir" est devenue successeur de la prestigieuse "Série noire" numérotée des éditions Gallimard; Elle ne va pas tarder à s'offrir son numéro 1000. Gageons que celui-ci n'échappera pas à James Ellroy ou à Dennis Lehane - l'un des piliers des ventes de la collection étrangement peu présent dans l'entretien et qui n'a semble-t-il que très peu de liens affectifs avec Guérif, ceci expliquant cela. Si l'éditeur observe l'immense talent de cet auteur qui a quand même écrit Un pays à l'aube - vaste roman sur l'Amérique en crise des années 1930, qui lui tenait à cœur -, il ne s'attarde pas sur ses relations avec lui.

Dennis Lehane fait partie du très large survol de ces auteurs que l'on découvre page après page. Rien d'inédit mais avec la verve passionnante d'un homme très cultivé qui sait ouvrir et ouvrir des parenthèses avant de les refermer une à une. En plus d'être un révélateur d'histoires, François Guéri est un excellent raconteur d'histoires. Ce que les Anglo-Saxons nomment un storyteller.


On en parle : La Tête en noir n°163 |813 n°115

Récompenses :
Prix des éditeurs 2013

Citation

Disons simplement que le roman noir a la volonté de foutre le bordel, de braquer la lumière sur ce qui ne va pas. Le social est la première de ses préoccupations.

Rédacteur: Julien Védrenne mercredi 03 avril 2013
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