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mercredi 18 juillet

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Retour aux sources

MAJ mercredi 18 juillet

Retour aux sources
© Stéphane Prat

26 juillet 2011 - C'est en allant me réapprovisionner en "Simenon" chez le bouquiniste de Saint-Servan-sur-Mer que je fis connaissance avec Le Gang de la clef à molette de Edward Abbey. Le livre était sorti de l'imprimerie le mois précédent.

Je n'avais jamais entendu le nom de cet auteur, et ne connaissais rien de l'éditeur, Gallmeister, dont je tenais entre mes mains un des premiers titres. L'état quasi neuf de ce magnifique livre me rendit d'abord méfiant. Et la quatrième de couverture nous présentait en Edward Abbey un écrivain écolo engagé, et cela ne m'attirait pas fort : je n'ai jamais trop goûté la littérature engagée, et quelle que soit la justesse de la cause écologiste, ses représentants politiques actuels me débectent le plus souvent, avec leur culpabilité hypertrophiée, leurs grotesques déballages de probité, leur bêtise savante, leur détestation camouflée de l'existence.

La préface de Robert Redford, d'une splendide sobriété, et le titre du livre eurent rapidement raison de mes réticences, et je trouvais bientôt presque logique que "le plus célèbre des écrivains de l'Ouest américain" (dixit toujours la quatrième de couv), à peine réédité en français, se retrouvât remisé avec les Simenon d'occase dont je faisais alors mon gasoil. Pour un projet de documentaire, Robert Redford avait parcouru avec Edward Abbey, cinq semaines durant, à dos de canasson, la piste des hors-la-loi naguère tracée et balisée par Butch Cassidy et la Horde sauvage, du Wyoming au sud-est de l'Utah. Et en relatant cette chevauchée secrète, l'acteur fait de l'auteur, qui deviendrait son ami, le portrait d'un type assez misanthrope, et carrément grossier, même, au sens entier de ce terme, c'est-à-dire impitoyablement lucide, brutal et enfantin, ronchon, taciturne, généreux, élémentaire, paradoxal... Il n'y avait plus à hésiter : je sacrifiais quelques Simenon et me procurai le pavé d'Abbey.

Dès les premières pages, je retrouvais instantanément la rage solaire du roman Un bon jour pour mourir de Jim Harrison, l'humour écorché de James Crumley ou la limpide fantasmagorie de James Welch, que j'admire tout particulièrement. Ces univers-là travaillaient en même temps l'imaginaire dont Edward Abbey m'affublait. Une déferlante de réminiscences, de songes arides et solitaires, violents, me prenait bientôt au collier, me forçait à l'ascension, au déboulonnage séance tenante. Depuis le perchoir de vautour qu'Abbey me payait, là, j'éprouvais le sentiment de calme et de plénitude qui nous cueille aux abords silencieux et immobiles de la source, permanente, inépuisable, du fracas kaléidoscopique d'une chute libre et large comme un fleuve, du haut de laquelle notre triste actualité regagne en beauté, en réalité, en solitude délectable, partageable. Je venais d'accéder brutalement, ahuri, à une des sources vives du gang de Missoula (mené par Richard Hugo), dont les éditions Gallmeister nous présenteraient d'ailleurs quelques rejetons actuels, et que j'avais tant lu dix-quinze ans plus tôt. Une bonne part de ce que j'étais, c'est-à-dire de ce que j'avais lu, venait de là : Edward Abbey, dont je ne connaissais pourtant pas l'existence.

Mes sources se nomment aussi, avec une évidence comparable, Robert-Louis Stevenson, Jack London, Dashiell Hammett, Henry Miller, Blaise Cendrars etc. Et quand deux ans plus tard Stéphane Beau acceptait pour sa revue Le Grognard mon papier sur Le Gang de la clef à molette, et m'y proposait une chronique sur le roman noir, j'entreprenais la cartographie des dérives, des pistes, planques et confluents souterrains qui m'avaient mené de Jim Harrison, Richard Brautigan et Charles Bukowski à Léo Malet, Jean Amila et Georges Simenon.

C'est précisément cette chronique que je reprends et poursuis ici. Pour chacune de mes sources, je présente l'écrit qui m'a le plus marqué, et ne vous étonnez pas outre mesure si je vous donne parfois l'impression qu'il vient de paraître le matin-même.

1. Edward Abbey, Le Gang de la clé à molette (Gallmeister, "Noire")
2. Robert Louis Stevenson, "La Côte à Falesà" in Intégrale des nouvelles : volume 2 (Phébus, "Libretto")
3. Jack London, John Barleycorn : le cabaret de la dernière chance (Phébus, "Libretto")
4. Dashiell Hammett, Crime en jaune (10-18, "Domaine étranger")
5. André Héléna, Le Festival des macchabées (Édite, "Noir")
6. Bill Ballinger, Version originale (Librio, "Noir")
7. Jean Meckert, Comme un écho errant (Joseph K.)
8. Dorothy L. Sayers, Le Cœur et la raison (Presses universitaires du Septentrion, "Lettres et civilisations étrangères. Domaines anglophones")

Liens : Le Gang de la clef à molette | Intégrale des nouvelles : volume 2 | John Barleycorn : le cabaret de la dernière chance | Crime en Jaune in Histoires de détective, vol. 2 | Le Festival des macchabées | Version originale | Comme un écho errant Par Stéphane Prat

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