Agatha Christie : la romance du crime

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Essai - Policier

Agatha Christie : la romance du crime

Enquête littéraire MAJ lundi 17 décembre 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 32 €

François Rivière
Agatha Christie (sujet d'ouvrage)
Paris : La Martinière, octobre 2012
214 p. ; illustrations en couleur ; 27 x 21 cm
ISBN 978-2-7324-5058-2

Comptine d'Agatha

On a tous tenu entre nos mains au moins un exemplaire défraichi d'un roman d'Agatha Christie dans lequel on s'est plongé indifférent à la chronologie des aventures d'Hercule Poirot ou de Miss Marple, parfois même déçu de constater l'absence de ces héros de la déduction, fins psychologues et médecins de l'assassinat. Mais que sait-on de la première Reine du crime hormis, pour certains, l'épisode de sa soudaine disparition en 1926, cinquante ans avant sa véritable mort ? François Rivière, en fin spécialiste nous offre une autobiographie très allégée et fort bien illustrée en un beau livre agréable à lire de sa traversée d'un siècle qui n'a pas manqué d'écueils et de rencontres avec l'Histoire.

De son enfance solitaire marquée du sceau de ses deux grands-mères - Auntie-Grannie et Granny B. -, des histoires lues par sa mère, des comptines anglaises (qui rythmeront certains de ses romans les plus connus) et des visites dans la demeure de Torquay d'Henry James et de Rudyard Kipling, à l'anoblissement par la reine Elizabeth II quelques années avant sa mort, il dresse un portrait contemplatif et tout en retenue d'une auteur discrète, qui avait réellement la phobie de prendre la parole en public ou sur les ondes, qui fuyait les journalistes et abhorrait les interviews. Avec ces quelques deux cents pages qui en offrent moitié moins en lecture tant l'illustration (couvertures anglaises, étrangères et françaises des ouvrages, photos d'Agatha Christie, de lieux qu'elle a connus, d'événements auxquels elle a assisté, photos de films, de pièces de théâtre...) est dense dans une maquette aérée, François Rivière évoque les les principaux faits d'une vie riche et excitante.

Car Agatha Christie a traversé deux guerres mondiales, pendant lesquelles elle s'est investie - elle était infirmière -, deux mariages où elle a souffert de l'infidélité de ses maris volages avec pour conséquence un premier divorce (elle gardera comme nom de plume celui de son premier mari ancien aviateur avec qui elle a eu une fille, Rosalind), mais aussi de grands moments de joie et de complicité avec son second mari, Max Mallowen, archéologue, avec lequel elle a été sur les principales fouilles du Moyen-Orient, prenant le fameux Orient-Express, et trouvant là matière à nombre d'intrigues. François Rivière mélange allègrement vie privée et vie littéraire, offrant quelques décryptages de ses principaux héros et des enquêtes résolues. On découvre que si Miss Marple et Hercule Poirot traversent le siècle sans prendre une ride, Tommy et Tuppence Beresford, eux, vieillissent avec leur créatrice pour finir dans une maison de retraite leur dernière enquête. Aucune grande révélation d'une personne qui n'avait vraiment rien à cacher. Mais de jolies anecdotes pour celle qui fut une pionnière de l'âge d'or de l'énigme policière et présidente du Detection Club de Londres (créé en 1928 avec Dorothy Leigh Sayers et Gilbert Keith Chesterton). On apprend en effet qu'elle a été adepte du surf, qu'elle subit quelques déconvenues financières, notamment de la part du fisc américain, et que Raymond Chandler ne ratait pas une occasion de la rabaisser.

En dame prévoyante, Agatha Christie avait déposé dans un coffre les ultimes romans consacrés à ses deux personnages aujourd'hui mythiques. Déçue par les adaptations cinématographiques malgré le très réussi Crime de l'Orient-Express (il faudra attendre sa mort pour voir éclore des séries télévisées autour de Miss Marple et Hercule Poirot dignes de ce nom), mais fascinée par le théâtre, en quatre-vingt-six ans d'une vie riche, elle a publié sous son nom soixante-six romans et recueils de nouvelles, et sous celui de Mary Westmacott six romans plus personnels. Tout ceci, les dernières pages de cet ouvrage bien entendu le rappellent. La biographie presque romancée de François Rivière nous invite à nous replonger des des romans et des nouvelles qui, aujourd'hui, sont retraduits ou dont la traduction est revisitée, par les éditions du Masque. Et n'est-ce pas le but recherché que de nous donner envie de lire ces intrigues malicieusement ficelées ? Si oui, alors François Rivière a parfaitement atteint son objectif.

Citation

Mais pourquoi donc, se lamente-t-elle, ai-je inventé cette détestable et assommante petite créature ? [...] Certes, je dépends beaucoup d'elle financièrement. Mais par ailleurs elle me doit sa propre existence. Parfois je lui fais savoir qu'en quelques coups de plume je pourrais lui ôter la vie. Et elle me réplique alors : "Impossible de se débarrasser de Poirot : il est bien trop intelligent.'

Rédacteur: Julien Védrenne dimanche 16 décembre 2012
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