k-libre - article

Quand son cœur cessa de battre, un mouvement réflexe de son coude provoqua le petit remous imperceptible dont il avait rêvé tant de fois alors qu'il se voyait englouti sous l'ombre apaisante des saules pleureurs qui bordaient le lac.
Natacha Calestrémé - Les Racines du sang
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Cemetary Road
Bienville est une ville du Mississippi en perte de vitesse qui croit qu'elle va réussir à rester dyna...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

mardi 15 juin

Contenu

Série criminelle (6)

MAJ mardi 15 juin

Série criminelle (6)
© David Delaporte / k-libre

05 décembre 2012 - Simenon et le crime d'exister. Maigret : Vous venez de me dire que vous ne connaissiez pas cet homme. Pourquoi alors l'avez-vous tué ? Le juge : Moi !? Mais je ne connaissais pas cet homme, pourquoi donc aurais-je tué un homme que je ne connais pas ?1 Maigret ne s'offusque pas que le juge lui retourne sa question, bien au contraire. Il vient pourtant de le surprendre sur le pas de son perron, en sueurs, exsangue, tirant vers la mer le cadavre de cet inconnu enroulé dans un tapis. Une scène d'une transparence parfaite. Pourtant, Maigret entend la sincérité du juge, blême, au bord de la suffocation dans la lumière aveuglante de la cuisine où ils ont rentré le corps. Ils l'ont installé sur la table et interrogent ensemble sa présence inexplicable. Le juge est proprement éberlué, et son incrédulité est déjà moindre quand il se tourne vers le commissaire, qu'il ne connaît pourtant que depuis quelques minutes et qu'il n'avait a priori aucune chance de rencontrer devant sa maison alors qu'il tentait d'en faire disparaître un macchabée. Il ne fait pour Maigret aucun doute que le juge se demande en toute bonne foi ce que cet homme fait là, froid, étendu sur la toile cirée de sa table de cuisine. Dès cet instant, Maigret le croit. Et alors que tout désignera ensuite plus lourdement le juge, Maigret continuera de le tenir pour innocent, se fiant non pas à une intuition, ou à une impression favorable produite sur lui par cet homme très suspect, mais tout bonnement à ce raisonnement d'allure tautologique : si on peut certes tuer un homme qu'on ne connaît pas, on ne peut tout de même pas avoir tué un homme qu'on n'a jamais vu !
C'est une caractéristique constante, non seulement des personnages de la série des Maigret, mais des personnages de Simenon en général, que de s'en tenir finalement à la vérité, même quand ils mentent sur le fond ou ne veulent pas savoir grand-chose d'eux-mêmes. Pour la plupart en fuite, y compris Maigret peut-être, les doubles de Simenon, quoiqu'ils fassent et aussi loin qu'ils fuient, finissent par se rattraper au coin d'une rue, en allumant une cigarette, en apercevant dans la vitre d'une voiture la silhouette d'une femme, d'un homme qu'ils n'ont jamais vu auparavant et qu'ils ne reverront plus : si on peut certes changer, et éventuellement changer le monde en changeant, on ne peut pas changer de monde.

1 Ce raisonnement est tenu par le juge lui-même, dans la nouvelle de Simenon, "Maigret et le juge". On doit cet extrait, et cette réplique du juge qui sonne comme un aphorisme à Bertrand Van Effenterre qui en faisait l'adaptation pour la télévision en 1992 : Maigret et la maison du juge, où Jules Maigret est joué par Bruno Crémer, tandis que Michel Bouquet interprète le juge.

Retrouvez l'ensemble des Séries criminelles.
Liens : Georges Simenon | La Maison du juge Par Stéphane Prat

publicité

Pied de page