Berceau d'une œuvre Dard

Un bon livre, Marcus, ne se mesure pas à ses derniers mots uniquement, mais à l'effet collectif de tous les mots qui les ont précédés. Environ une demi-seconde après avoir terminé votre livre, après en avoir lu le dernier mot, le lecteur doit se sentir envahi d'un sentiment puissant ; pendant un instant, il ne doit plus penser qu'à tout ce qu'il vient de lire, regarder la couverture et sourire avec une pointe de tristesse parce que tous les personnages vont lui manquer. Un bon livre, Marcus, est un livre que l'on regrette d'avoir terminé.
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Essai - Noir

Berceau d'une œuvre Dard

Enquête littéraire MAJ vendredi 10 février 2017

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Public connaisseur

Prix: 36 €

Lionel Guerdoux, Philippe Aurousseau & Frédéric Dard
Orgeval : L'Oncle Archibald, décembre 2016
244 p. ; 30 x 22 cm
ISBN 978-2-9542665-3-4

Journalisme Dard-Dard

À l'instar des forçats de l'Underwood de l'entre-deux-guerres et des années 1940, il est difficile – pour ne pas dire impossible – d'établir une bibliographie officielle et définitive de Frédéric Dard. Écrivain graphomane, apprenti journaliste, scribouilleur compulsif, il a tellement "gâché de plâtre" (pour reprendre une expression de son idole de jeunesse, Georges Simenon), sous son nom ou sous de nombreux pseudonymes, qu'on lui a attribué, à tort et à travers, bien des textes, articles, pièces, contes et autres collaborations. Entretenu par des fans à l'admiration sincère – mais aveuglée –, par des margoulins spéculateurs, voire par l'auteur lui-même, le mythe de la bibliographie exhaustive du père de San-Antonio est un serpent de mer qui, à intervalles réguliers, voit ressortir des textes oubliés, des articles apocryphes, des chroniques simplement signées d'initiales ambiguës.
Aussi apprécions-nous toujours avec circonspection et un brin de recul critique les "inédits" ressortant régulièrement de tiroirs mystérieusement clos jusqu'alors.
Dans le cas de ce Berceau d'une œuvre Dard, nul besoin de scepticisme ou de méfiance. Parce que ses auteurs, Lionel Guerdoux et Philippe Aurousseau, sont suffisamment reconnus parmi les spécialistes dardiens pour qu'on leur accorde d'emblée un crédit sans réserve.
Alors, ce Berceau, que contient-il ? Il se présente comme une compilation des textes publiés par Frédéric Dard durant ses années de jeune journaliste (entre 1938 et 1950). L'ouvrage est extrêmement complet, impressionnant d'exhaustivité, et montre une fois de plus à quel point Frédéric Dard était un touche-à-tout déjà énorme d'éclectisme. Ces textes sont à la fois des critiques littéraires, des reportages, des chroniques mondaines, des contes, des nouvelles, des pièces de théâtre, voire parfois des recensions... de ses propres romans ! Avec, cerise sur le gâteau, des reproductions de la correspondance du jeune Frédéric Dard avec les acteurs de la vie culturelle lyonnaise de l'époque.
À noter que si la grande majorité de ces textes ont pu être déjà lus par les fans (notamment dans l'indispensable revue Le Monde de San-Antonio), les auteurs ont eu le mérite d'en dénicher près d'une soixantaine de totalement inédits, et de tous les réunir dans ce très bel écrin.
Car, et c'est l'un des atouts de ce très bel ouvrage, sa maquette et son iconographie en font un incontournable objet de collection. Les textes sont classés par années, dans une mise en page aérée, et des reproductions de grande qualité, agrémentées de paragraphes explicatifs courts et synthétiques, les remettant en contexte. Un livre complet et pédagogique, sans être pédant, c'est une qualité à souligner ! Du reste, les auteurs ont eu l'excellente idée de recenser à la fin de leur ouvrage toutes les entrées correspondant aux personnages – fictifs ou réels – cités par Frédéric Dard.
Car c'est justement un deuxième intérêt de ce Berceau... – au-delà du plaisir de l'aficionado de Frédéric Dard, qui se délectera de retrouver, dans ce pot-pourri d'articles divers et tellement variés, l'émergence d'une voix en train de s'affirmer et de se débarrasser de ses oripeaux de jeunesse : c'est un magnifique témoignage ! Que l'on soit lecteur de Frédéric Dard ou non, cet ouvrage nous donne aussi, par la richesse de ses documents et ses choix de maquette, un témoignage de première main sur une époque à jamais révolue de l'histoire de la presse. Une plongée nostalgique dans notre patrimoine littéraire, le milieu provincial de l'édition, des instantanés surannés qui sentent bon la salle de rédaction enfumée, l'encre des imprimeurs, les effluves des bouchons lyonnais un lendemain de bouclage. Un monde révolu, sans réseaux sociaux, ni Internet, ni blogs ouverts par le tout-venant. Un témoignage d'une ère à jamais close, où le journalisme était aussi une école de l'écriture.

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Citation

Ma grande découverte ? Le nombre d'articles, de contes, de nouvelles, dans des revues inconnues de moi. Celles-ci ne franchissaient notre seuil que sous forme d'espèces peu sonnantes et très trébuchantes qui alimentaient pourtant l'ordinaire ! (Odette Cuene-Grandidier)

Rédacteur: Maxime Gillio vendredi 10 février 2017
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