À en crever

Les voilà, les photos ! Vous voyez qu'il n'y a pas de quoi fouetter un minet. Je suis juste en train de me faire sucer. Et alors ? Elle ne vous le fait pas, votre copine ?
Didier Fohr - Une secte et quelques monstres
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Stone Junction
"Œuvre culte de la contre-culture américaine... l'un de ces rares ouvrages capables de changer la vie...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

vendredi 20 avril

Contenu

Roman - Noir

À en crever

Social - Disparition MAJ vendredi 18 décembre 2015

Note accordée au livre: 2 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 11,9 €

Sylvain Pettinotti
Gudensberg-Gleichen : Wartberg, mai 2015
274 p. ; 20 x 12 cm
ISBN 978-3-8313-2831-4
Coll. "Zones noires"

Rien ne sert de courir

Jean-François Cachin dit Jef est un clodo alcoolo qui semble avoir choisi la rue par goût de la liberté, et qui crèche dans une tente à Grenoble au bord de l'Isère. Il picole, se balade, picole, vomit, picole, rentre à son campement pour picoler avec ses potes Prof, Nab et Marilyn qui, comme son nom l'indique, est la préposée à la turlute. De temps en temps, entre deux litrons, il se lave... Bref, il est heureux, d'autant que c'est l'été, qu'il fait beau, qu'il fait chaud et qu'il dit merde à tout le monde : société et contemporains. Et puis arrivent deux représentants en emmerdements. L'un est allemand, l'autre italien, ils sont vieux, sapés comme des ministres relaxés ou des députés blanchis, ne semblent pas avoir le sens de l'humour et savent tout de Jef : son vrai blase, ses vioques morts dans un accident quand il avait une pige, son séjour à la DDASS puis en famille d'accueil, ses études, ses errements. Ils connaissent tout. Ils en savent même plus qu'il n'en sait lui-même. En effet, le grand-père maternel de Jef, dont celui-ci ignorait l'existence, n'a jamais perdu de vue son petit-fils. Il l'a suivi tout au long de sa life (oui, j'essaie d'intéresser la nouvelle génération à la lecture) et maintenant qu'il est parti voir dans les cieux si Saint Pierre met un ou deux sucres dans son caoua du matin, il a laissé une lettre à remettre à son "héritier". C'est la mission que les deux papis en goguette doivent remplir because Giovanni Benedetto (c'est le nom de l'ancêtre) était leur pote. Je vous la fais courte (Cobain). Dans la lettre en question, stupéfaction, Jef apprend qu'il a une sœur qui permet de voir de près ce qui est loin car c'est sa jumelle, qu'elle s'appelle Sandrine Vassili, qu'elle ne sait pas qu'elle a un frère autant que lui ignore la même chose la concernant (ça c'est de la tournure de phrase pourrie !), qu'ils doivent entrer en contact, associer les numéros que pépé surprise leur donne et ainsi toucher le pactole de l'héritage. Eh voilà. Un peu complexe au premier abord mais dans le fond assez simple. Et puis quand on s'apprête à toucher cent mille euros, on relativise des tas de trucs (j'imagine... et j'espère). Du coup Jef part téléphoner à sa frangine pour faire sa connaissance et se mettre d'accord avec elle. N'étant pas domiciliée à Grenoble, elle annonce sa venue et quand il va la chercher à la gare, elle n'est pas là ! Dès lors entrent en piste, en plus des messagers du troisième âge, des nostalgiques du troisième Reich qu'on appelle communément des skinheads (quoi ? Arrêtez avec vos idées reçues ! J'ai lu quelque part que Heinrich Himmler aimait aider les petites vieilles à traverser la rue. Comme quoi on peut avoir une coupe de cheveux de merde et être avenant !), des anciens résistants, des anciens collabos, des anciens miliciens, des poursuiveurs de nazis, des agents israéliens, des faux flics (à moins que ça ne soit des vrais), une fille qui s'appelle Anna et qui baise comme une reine (putain ! Marie-Antoinette, la chaudasse que ça devait être !), une pute qui ouvre en grand... la porte de son studio (bande de dégueulasses !), des cadavres, des messages sur des murs, des rendez-vous, des "cours vite sinon je t'attrape", des clins d'yeux aux films des années 1970 avec Jean-Paul Belmondo, et Grenoble.
S'il y a bien quelqu'un qui sait à quel point les œuvres de Frédéric Dard et de son double San-Antonio peuvent donner envie à un écrivain en herbe de passer à l'âge adulte, je vous jure que c'est bien moi ! Visiblement, c'est également le cas de Sylvain Pettinotti avec ce huitième roman. Attention, je ne veux pas dire que l'auteur n'est pas mûr, je dis juste que l'on sent qui l'a incité à franchir le cap. Après est-ce que l'influence de Frédo se fait toujours aussi bien sentir chez Pettinotti ? N'ayant pas lu ses autres signatures, je ne pourrai pas l'affirmer. Il y a donc de l'argot, du cul (ce qui ne suffit pas à faire de vous un enfant du père de Béru) et surtout (c'est là que la filiation se voit) l'envie de naviguer entre réalité et romanesque, entre documentaire et fiction, entre vérité brutale de l'époque, de ce qui nous entoure, de notre quotidien, et distorsion de tout ça pour en faire un spectacle. Plus le rythme. Et là, le bât blesse. Car si ça démarre tambour battant, comme dans un San-Antonio, si on a envie, après les premières pages, de dévorer le bouquin, il y a un moment où ça s'enlise un peu, où ça devient poussif, où il y a trop de personnages et où finalement on se met à s'intéresser davantage au flashback des années 1930-1940 qui se distille tout au long du récit et qui devient plus accessible mais aussi plus passionnant que le présent de Jef. On fait alors un peu comme l'histoire, on ralentit, on lit pour avancer mais on ne se jette pas sur l'objet parce qu'on a cinq minutes de libre. Et c'est dommage car le début est vraiment prometteur. C'est aussi là qu'on voit les limites de l'influence de Frédéric Dard, qui lui savait meubler les zones de creux de ses romans par un style absolument jouissif qui nous faisait complètement oublier que l'histoire n'avançait pas d'un iota ou qu'elle ne nous racontait plus grand-chose d'intéressant... Une fois encore je suis bien placé pour savoir que n'est pas San-Antonio qui veut !
Bref, on reste un peu sur sa fin (non, il n'y a pas de faute). Évidemment on a envie de la connaître (la fin donc) alors on y va mais je crois que les yeux de l'auteur étaient plus gros que son imagination et qu'il s'est perdu en route. Et comme le lecteur suit le même chemin...

Citation

On a un problème, Jef. Ça fait deux fois qu'il vient là, ce mec, et qu'il nous fait chier à cause de toi. Tu te rends compte qu'il nous a bousillé toute notre réserve de pinard !

Rédacteur: François Legay vendredi 18 décembre 2015
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page