Les Grands procès de l'Histoire

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Beau livre - Policier

Les Grands procès de l'Histoire

Procédure - Faits divers MAJ mercredi 14 octobre 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 39,9 €

Emmanuel Pierrat
Paris : La Martinière, octobre 2015
176 p. ; illustrations en couleur ; 33 x 26 cm
ISBN 978-2-7324-5071-1

Batailles de robes

Ce très beau livre sous coffret prend la suite d'un titre maquetté d'une façon identique et sorti en 2011 dans la même maison. Les Grandes plaidoiries, livre rédigé par Yves Ozanam, archiviste de l'Ordre des Avocats, était lesté d'un avant propos signé avec photo très politique du Bâtonnier Jean Castelain et du Vice-Bâtonnier Jean-Yves Le Borgne accréditant le fait que nous étions là dans du sérieux. Ici, un virage plus grand public a été pris en choisissant le fameux Emmanuel Pierrat, spécialiste du droit d'auteur et du livre, de l'érotisme, de la censure, mais aussi romancier, essayiste, éditeur, traducteur, maître d'œuvres collectives (sa bibliographie en fin d'ouvrage donne le tournis) et bien sûr... avocat. Mais où trouve-il le temps ? Voilà la plus grande affaire non résolue de l'ouvrage. Blague à part, on ne peut que conseiller ce titre qui aborde les grandes affaires criminelles sous un angle nouveau. Certes, dès le sommaire avec la liste des affaires et des avocats qui y ont travaillé, on devine que c'est sur ces pivots des procès que se focalisera l'auteur. Ne sommes-nous pas en droite ligne des Grandes plaidoiries ? Mais Emmanuel Pierrat a l'intelligence d'agrandir le propos à tout le contexte, et à sortir de l'anecdotique qui serait trop long à développer. Car, en effet, Emmanuel Pierrat sait bien qu'en choisissant Violette Nozière, Landru, Stavisky, Petiot, Marie Besnard, Dominici, l'attentat du Petit-Clamart, le petit Grégory, Omar Raddad, Papon, Outreau et surtout Dreyfus, il exploite des histoires maintes et maintes fois développées dans de multiples livres. Mais servi par une iconographie superbe, dont des pages entières de journaux qui permettent de lire les articles "dans le texte", Emmanuel Pierrat a un vrai talent pour résumer, mettre en perspective et tirer des conclusions des affaires. Il apporte même parfois des éléments moins connus, comme le destin du fils de Stavisky, devenu magicien sous le pseudo de Prince Frankestas (Prince, outre fils de roi, était le nom du conseiller assassiné en 1934, en lien direct avec l'affaire. On laisse aux freudiens/lacaniens le soin de décoder le nom de Frankestas.) Le fils Stavisky fit un scandale lors d'une projection du film réalisé par Alain Resnais avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle de l'escroc des années 1930. Il mourut en 2006, ce qui fait un télescopage d'époque assez surréaliste.
L'auteur sait aussi pointer les évolutions de la justice après de vrais naufrages, comme celles du réseau pédophile d'Outreau, ou le meurtre du petit Grégory Villemin (à relire, l'article dans Libération de Marguerite Duras sur la sublime, forcément sublime Christine V., article qui, aujourd'hui serait certainement condamné note Emmanuel Pierrat). Il s'intéresse aussi à des affaires très importantes dans la chronologie sociale et judiciaire : Troppmann, assassin de masse de toute une famille à Pantin en 1869 qui contribua au développement de la presse non politique incarnée par Le Petit Journal ; Bobigny pour le droit des femmes ; Buffet/Bontems puis Patrick Henry avec l'abolition de la peine de mort défendue par Robert Badinter ; Pierre Goldman deux fois jugé, emprisonné pour hold-up et meurtres, écrivain reconnu et soutenu par les élites intellectuelles, assassiné par un soit disant groupuscule d'extrême droite jamais retrouvé ; Kravchenko, enfin, auteur d'un des premiers livres racontant les horreurs staliniennes, qui attaque en diffamation Les Lettres Françaises à la solde de Moscou en 1949.
Outre les documents insérés dans les textes, on trouvera des pochettes très smart en contenant d'autres en fac-similé ; dossiers, lettres tapées à la machine avec voile de carbone, cartes, fiches, photos dédicacées par Landru ou Petiot, autant de para-textes ludiques pour compléter cette réussite.

Citation

C'est le Canard Enchaîné qui révèle l'affaire, le 6 mai 1981, dans un article intitulé "Papon aide de camps". Le titre, en forme de calembour, est bien dans l'esprit du journal satirique. Le contenu de l'article, en revanche, est beaucoup moins drôle.

Rédacteur: Michel Amelin mercredi 14 octobre 2015
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