L'Affaire Brierre : un crime insensé à la Belle Époque

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Essai - Policier

L'Affaire Brierre : un crime insensé à la Belle Époque

Historique - Faits divers MAJ mardi 28 avril 2015

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Alain Denizet
Préface d'Alain Corbin
Paris : La Bisquine, avril 2015
318 p. ; illustrations en noir & blanc ; 21 x 14 cm
ISBN 979-10-92566-08-6
Coll. "Une vie, une époque"

Le massacre des innocents

Voilà l'une des plus grandes affaires judiciaires du XXe siècle que les amateurs de cartes postales connaissent bien puisque les photos de "la ferme du crime", sise à Corancez près de Chartres, ont été amplement diffusées à partir de 1901. Comme le raconte Alain Denizet dans son introduction, cet incroyable fait divers est tombé dans l'oubli et aucun livre ne lui a été jusqu'alors consacré. Pourtant, tous les ingrédients étaient là pour que Brierre devienne célèbre ! Ce monstre à la mode antique n'a-t-il pas été à la Une de centaines de journaux pendant des années ? N'a-t-il pas provoqué des déchirements politiques ? N'a-t-il pas fini comme infirmier au bagne de Cayenne avec Manda, l'apache parisien amant de Casque d'or, tous deux saisis par la rédemption ? Voilà donc une histoire qui dépasse le cadre d'une sinistre tuerie paysanne. Et merci à Alain Denizet de nous la raconter avec talent et précision tout en ouvrant le champ avec compétence et intelligence.
Dans la soirée du dimanche 21 avril 1901, Louis-Edouard Brierre, quarante-deux ans, petit paysan de la Beauce, veuf depuis trois ans, se rend au café Sauger pour jouer aux cartes. Ses enfants sont à la ferme gardée par le chien Ravachol. Il y a Flora (quinze ans) Béatrice (douze ans), Laurent (neuf ans), Laure (six ans) et Célina (quatre ans). Seule Germaine (quatorze ans) est absente : elle a été placée chez une tante commerçante à Paris. À 3 h 15 du matin, les voisins sont alertés par des cris. C'est Brierre qui appelle au secours : il a été attaqué et blessé par des rôdeurs alors qu'il rentrait chez lui. On découvre alors l'horreur absolue : tous les enfants ont été assassinés, les têtes broyées sauvagement, certains ayant reçu des coups de couteau tout comme le chien Ravachol. Le juge d'instruction Cornu suspecte vite une mise en scène. Les blessures de Brierre ne sont pas si graves. Il aurait pu se les faire lui-même. Et pourquoi les assassins auraient-ils pris la peine de passer certains de ses habits, de prendre son couteau avant de le dissimuler sous un tas de fumier, de remettre la clé d'un tiroir fouillé dans un endroit secret ? Le lendemain de la découverte, Brierre est donc inculpé du quintuple meurtre de ses enfants. Débute alors, selon Alain Denizet, "la cause criminelle française la plus médiatisée entre 1870 et 1914" puisqu'elle sera relayée par tous les journaux régionaux, nationaux et certains titres étrangers (Australie, Autriche, Espagne, États-Unis, Grande-Bretagne, Nouvelle-Zélande).
L'historien a pris connaissance de cette affaire oubliée en compulsant les numéros d'un almanach catholique ne publiant pourtant jamais de faits divers. Il dresse ici la chronologie judiciaire sur près de dix ans car Brierre protesta toujours de son innocence. Les scènes de crime étaient loin d'être protégées comme maintenant. Certains journalistes ont trouvé des indices. Les villageois ont piétiné les lieux. Des visiteurs ont emmené en souvenirs des morceaux de crépi teintés du sang des enfants. Les éléments accusateurs auraient pu donc être placés par d'autres. Mais pourquoi ? Ne serait-ce pas plutôt le taiseux Brierre qui entretient le doute ? Le juge mène l'instruction à charge même si rien n'est oublié comme la recherche des chemineaux de la région. Il en est de même au procès avec un juge très partial. La défense s'effondre lors de la plaidoirie finale en raison d'une mise en accusation annexe de l'avocat. Instruction, procès, condamnation à mort, grâce et années de bagne sont détaillées dans un style clair. Mais Alain Denizet ne se contente pas de ce simple récit, il s'en sert aussi pour dresser un tableau de la situation sociale du peuple paysan, de la justice, et surtout de la presse alors en pleine expansion, toute puissante et partisane, interférant avec la justice et la politique puisque le sort de Brierre fut un temps rapproché de celui de Dreyfus. Brierre, défendu par sa sœur commerçante et sa fille survivante était-il innocent ? Préfacé par l'illustre Alain Corbin, bien chapitré et titré, avec une chronologie, une bibliographie d'ouvrages et de sources, une carte, une excellente table des matières et un cahier de documents stupéfiants, cet ouvrage de non fiction constitue le meilleur exemple du genre car il concilie la nouveauté, la rigueur de la recherche, la fluidité de l'écriture, l'implication discrète de l'auteur et la richesse des thèmes.

Citation

Introduits au cœur des lieux du crime, les reporters mènent l'enquête comme de véritables détectives. Portés par le succès du roman policier, ils font vivre à leurs lecteurs la quête des indices, émettent des hypothèses et s'octroient de plus en plus le rôle du limier.

Rédacteur: Michel Amelin mardi 28 avril 2015
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