L'Homme qui tue les gens

C'était le début du mois de décembre, le jour de la Sainte-Barbe pour être précis. Dans mon travail, on doit se rappeler ces choses. Lors des jours qui précèdent la célébration d'un saint une relique de celui-ci vaut deux fois plus qu'à n'importe quel autre moment de l'année. Et la demande en reliques ne cessait de croître, tant les gens avaient besoin d'espoir.
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dimanche 22 juillet

Contenu

Roman - Policier

L'Homme qui tue les gens

Ethnologique - Social - Écologique MAJ mercredi 22 avril 2015

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

Stan Jones
White Sky, Black Ice - 2003
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Frédéric Grellier
Paris : Le Masque, février 2015
224 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-7024-4025-4
Coll. "Grands formats"

Au nord, c'étaient les glaçons

Passons sur l'intrigue qui résonne quand même comme un air de déjà-vu : des gens se suicident dans le bourg de Chuchki, et Nathan Active, enquêteur un peu circonspect, tente de relier ces suicides (auxquels il n'arrive pas à croire) avec la mine de la Gray Wolf où ils travaillent pour le consortium international GeoNord. Qui plus est, la résolution se rapprochera de ce à quoi s'attendrait n'importe quel lecteur qui a fréquenté quelque peu les polars écologistes, même si la fin cynique, est assez intéressante.
Non, ce qui retiendra par contre l'attention c'est bien le décor et les personnages de ce roman. Tout d'abord, l'intrigue se situe au nord de l'Alaska et met en scène les dernières tribus Inupiats, version locale et exotique des Inuits. Stan Jones restitue la dureté du climat, des petits boulots, des vies frustres, des éléments communautaires et des règles parfois étranges d'une vie sociale ritualisée. Par exemple, personne ne met en doute le suicide de la première victime car toute la famille est sous le coup d'une malédiction ancestrale. Il n'y a cependant pas de folklore exotique à proprement parler, mais la description d'un univers qui se délite sur fond d'alcoolisme, de violences conjugales, de problèmes d'obésité, d'oublis du passé, et d'un cruel besoin de se conformer aux règles du monde occidental : emplois dans les usines, attentes des subventions étatiques, fonctionnaires travaillant avec des bouts de ficelle...
De cet univers tiers-mondialisé, surnagent quelques figures fortes et bien dessinées. Le policer, Nathan Active, le "state trooper", en est l'exemple type. Bien sûr, rejeté par sa mère, il a été adopté et élevé ailleurs ce qui lui donne le droit d'être à cheval sur deux cultures et de regarder/juger les deux, de prendre ce qui peut lui servir des deux côtés. Il cherche à découvrir la vérité en sachant que son ancien chef qui avait effectué le même parcours s'est retrouvé envoyé à l'autre bout du pays pour n'avoir pas écouté les consignes de modération de ses supérieurs. En même temps, il doit gérer sa vie de jeune homme autrement dit rencontrer une femme, lier une relation dans une communauté étroite où tout se sait.
Une mention particulière doit être accordée aussi au potentat politique local qui est un homme qui se dévoue pour sa communauté, qui tente de tirer toutes les ficelles pour développer la région et maintenir les habitants dans leur terreau naturel, pris justement dans les contradictions du monde - comment enrichir les gens pour qu'ils restent le tout sans détruire le fragile équilibre de leur univers, déjà détérioré par les habitudes occidentales.
Du coup, sans atteindre la force des textes de Ian Manook ou d'Olivier Truc, L'Homme qui tue les gens (littéralement l'innukaknaaluk en inupiat) ouvre une fenêtre sur un monde particulier, intéressant, et nous offre un premier volet d'une série ethnologique en devenir.

Citation

Elle fabrique des muktuk et des moufles qu'elle vend, elle traîne en ville, elle boit et se bagarre. Elle est comme ça depuis des années.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 22 avril 2015
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