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mercredi 19 décembre

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Roman - Thriller

La Traque

Tueur en série - Procédure MAJ samedi 20 septembre 2014

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Roderick Thorp
River, a Novel of the Green River Killings - 1995
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Michelle Charrier
Paris : Sonatine, septembre 2014
434 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-35584-259-7

L'extraodinaire banalité du Mal

Lors du procès d'Adolf Eichmann, la philosophe allemande naturalisée américaine Annah Arendt qui assistait au jugement s'apprêtait à écrire un livre sur la banalité du Mal. On devient tortionnaire et bourreau comme l'on devient boulanger. Durant les années 1980, à Seattle, un tueur en série avec pour surnom le Tueur de la Green River sème la panique. Il faudra attendre 2002 pour que la science et les techniques ADN permettent de coincer le coupable, un coupable qui avait été suspecté au tout début de l'affaire mais innocenté. Roderick Thorp se sert de ce faits-divers pour le montrer de manière alternée : d'un côté un policier ordinaire, qui dès le début a la certitude que le tueur est Garrett et, de l'autre, la vie de ce même Garrett.
Le roman est glaçant car rendu par un style neutre qui s'accroche aux détails les plus réalistes, sans jamais basculer trop longtemps dans le sordide des crimes eux-mêmes. Il présente les deux aspects de l'histoire. Le policier en butte à sa hiérarchie et aux autres services de police car personne ne veut trop s'occuper de cette affaire. En effet, le tueur s'en prend surtout aux prostituées, les policiers s'occupent plus de leur carrière et le suspect qu'il a en ligne de mire est l'indicateur principal d'une équipe de la ville de Seattle qui a peur que ses enquêtes soient remises en cause si l'on découvre qu'ils doivent leurs tuyaux à un assassin. De plus, dans sa vie privée, le soin qu'il apporte à essayer de trouver la solution se heurte aux besoins de sa famille et de sa nouvelle compagne. L'écrivain parvient à rendre avec justesse la quête du personnage et les nombreux murs qui se dressent face à lui.
En ce qui concerne le meurtrier, Roderick Thorp a peut-être lu l'essai de Annah Arendt mais il applique en tout cas les principes d'une banalité du Mal. Son tueur est peint comme un manipulateur hors pair mais qui exerce ses talents uniquement pour ses besoins égoïstes et sans envergure : escroc à la petite semaine, victimes prises parmi les prostituées, il entretient des relations glauques avec ses amis - l'un est un cadre de Boeing qui aime se promener en porte-jarretelles ; un couple d'amis le surprend en pleine nuit alors qu'il se masturbe en les regardant dormir. Il devrait être arrêté depuis longtemps mais il a l'air tellement minable que personne ne peut le croire aussi démoniaque. Il n'a vraiment pas la flamboyance qu'ont parfois certains tueurs en série lorsqu'ils sont mis en scène dans les romans (et l'on pense à Hannibal Lecter). Certes, c'est un fauve hyper rusé capable de se faufiler dans une société individualiste et autiste mais le policier le surnomme le poisseux, ce qui est, somme toute, un raccourci assez juste.
Durant cinq cents pages, Roderick Thorp tient la gageure de nous intéresser avec un tueur en série connu depuis le début, un policier qui doit convaincre qu'il le connaît, et avec des scènes cafardeuses, en demi-teintes, où le sordide et le pathétique se mélangent sans jamais lorgner vers le voyeurisme ou le manichéisme, laissant le lecteur groggy et poisseux.

Citation

Il ne lui restait qu'à s'occuper de ses affaires... et à la fermer. Ainsi en allait-il dans la police, même le jeune agent de Kent arrivé le premier sur le lieu du crime savait au moins ça.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 10 septembre 2014
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