Le Tueur de la Green River

Imagine : une région s'étalant sur des milliers de kilomètres carrés, et moins un marais qu'un labyrinthe impénétrable de roseaux et de troncs détrempés. Et de la boue. De la boue partout, plus traître encore que des sables mouvants.
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Bande dessinée - Policier

Le Tueur de la Green River

Tueur en série - Procédure MAJ lundi 21 janvier 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 15,9 €

Jeff Jensen (scénario), Jonathan Case (dessin)
Green River Killer - 2011
Préface de Stéphane Bourgoin
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Astrid Mélite
Roubaix : Ankama, mai 2012
234 p. ; illustrations en noir & blanc ; 25 x 17 cm
ISBN 978-2-35910-324-3
Coll. "Hostile Holster"

Une vie à pourchasser un tueur

De 1985 à 2011, il y a eu aux États-Unis quelques 1398 victimes connues de tueurs en série. La réalité, loin de la fascination que le téléspectateur ressent pour Dexter, est comme à son habitude froide et circonstanciée. Gary Ridgway, le tueur de la Green River à Seattle demeure l'un des plus prolifiques de sa génération et du demi-siècle écoulé. Quarante-sept victimes, pour l'essentiel des femmes esseulées ou des prostituées, mortes non pas sous l'impulsion d'un homme en proie à ses démons mais lors d'assassinats savamment orchestrés. L'histoire de cette longue traque est parfaitement mise en image en noir et blanc par Jonathan Case sur un scénario de Jeff Jensen. Jeff Jensen, le fils d'un enquêteur qui a voué sa vie à la résolution d'une enquête devenue au fil des années obsessionnelle.

Car, et c'est bien là l'essentiel, cette bande dessinée est cathartique pour son scénariste. On l'imagine ayant grandi en quasi-solitaire à l'ombre d'une enquête qui a longtemps meurtri un père avide de pouvoir soulager du poids des interrogations et des incompréhensions non pas des victimes mais des familles de victimes telle cette mère qui le voyant frapper à sa porte est convaincue qu'il lui apporte la mauvaise nouvelle de la mort de sa fille alors qu'il ne fait que venir lui dire qu'il n'abandonnera jamais cette enquête. Sous le titre du Tueur de la Green River, l'ouvrage s'intéresse bien plus à la figure paternelle de l'Ordre qu'à ce meurtrier qui sert alors quasiment plus de faire valoir. Deux cent quarante pages durant, les deux auteurs de cette bande dessinée s'attachent à suivre les pas fébriles d'un homme qui devient flic non par vocation mais pour la sûreté d'un emploi de proximité. Au fil des pages et des années - le récit mêle invariablement présent et passé - le flic, qui a pris pour choix de porter une moustache qui le rend plus autoritaire, toujours aussi dans l'incertitude, est victime du manque d'effort physique et du tabagisme. D'ailleurs, c'est juré, il arrêtera de fumer lorsque l'on arrêtera le tueur.

Le tueur, justement, au début il n'en est pas vraiment question. Le comté rechigne à dépenser l'argent du contribuable pour des crimes commis en des lieux sordides sur des prostituées. Mais, il va bien falloir finir par s'en occuper. Toute la traque est ainsi développée, bien loin des Experts qu'ils soient à Miami, Las Vegas ou Manhattan. L'informatique fait peu à peu son apparition, mais tarde à remplacer la mémoire d'un homme. Comme un pied de nez, cependant, c'est bel et bien la science, avec les avancées sur les recherches Adn, qui piègera un tueur soupçonné quasiment dès le début. Preuve s'il en est besoin que les faits et les présomptions se recoupent sans cesse. Se pose alors le seul et véritable problème cathartique - on y revient toujours - faut-il transiger avec le coupable ?

Après les rouages de l'organe policier, on appréhende ceux de la justice. Law & Order. Le contribuable paiera-t-il les années de prison de Gary Ridgway ou cédera-t-il à une justice expéditive et capitale ? En contrepartie, les dix mille suspects de meurtres soupçonnés par dix mille autres personnes sortiraient indemnes de cet imbroglio juridique. Sans compter, toujours, les familles des victimes. Alors Gary Ridgway reconnait des crimes dont on ne le soupçonnait même pas, mais les années ont passé, et il peine à retrouver l'emplacement des corps de ses victimes alors même que l'enquêteur, lui, n'a rien oublié. C'est toute cette histoire, symptomatique de l'Amérique du XXe siècle, qui est racontée sobrement à l'encre noire avec les interrogations récurrentes du peuple américain, cette face caché du rêve et que Henry Miller appelait en 1945 le cauchemar climatisé, et que pour l'avoir oubliée ou méprisée à trop s'y confronter, le père de Jeff Jensen a sacrifié sa famille...

Citation

La plupart des assassins sont retrouvés dans les soixante-douze heures suivant leur crime. Le comté s'inquiète aussi du coût de l'enquête. On dirait que c'est difficile de les convaincre qu'une épidémie de meurtres de prostituées constitue une menace à la sécurité publique.

Rédacteur: Julien Védrenne lundi 21 janvier 2013
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