Black néon

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Roman - Noir

Black néon

Social - Drogue - Urbain - Artistique MAJ mercredi 08 janvier 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23,5 €

Tony O'Neill
Black Neon - 2012
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Étienne Ménanteau
Puzol : 13e Note, janvier 2014
400 p. ; 18 x 14 cm
ISBN 978-2-36374-060-1

Sous le soleil pourri de L. A.

Tony O'Neill n'est pas un petit nouveau dans ces colonnes. Nous l'avons déjà chroniqué pour Dernière descente à Murder Mile et Du bleu sur les veines, deux ouvrages d'inspiration autobiographique où l'auteur fait l'expérience désolante de la drogue sur fond d'amours perdues et de rock destroy. Avec Black néon, on retrouve son goût pour les marginaux et les encalminés de la piquouse, mais avec une dimension romanesque et quasiment filmique, tant il excelle à ciseler ses dialogues et à faire de chaque chapitre une séquence à part entière.
Le titre annonce la couleur : tout est noir dans ce livre, mais d'une noirceur qui confine à l'ironie, comme si O'Neill, sauvé désormais de la drogue grâce à son addiction à l'écriture, voulait nous convaincre que l'écriture la plus réaliste est avant tout une forme d'art, c'est-à-dire une mise à distance de ce que nous ne pourrions pas supporter dans la vraie vie.
Ça commence fort : par le viol de Genesis, une pute de Reno qui aimerait bien se tirer ailleurs ; ça continue sur le même mode, avec l'apparition de Lupita, une black tatouée et manchote qui règle son compte au dealer hispano de Genesis dans une scène de western assez hilarante. Pendant ce temps, en plein cœur de Paris, un certain Jacques Seltzer se gave de caviar et de vin rouge à la terrasse des Deux Magots, tout en discutant avec Gibby Getnor, son agent insomniaque et claustrophobe.
Quelques années plus tôt, Seltzer a réalisé un film culte, le seule et unique de sa filmographie, Fleurs fanées, mais il n'a rien produit depuis ; Seltzer bouffe comme quatre, prend du LSD et se fiche comme de l'an quarante du monde perverti de Hollywood. Son passe-temps favori se résume à photographier les bas-fonds des villes ouvrières de l'Europe ; ses clichés trashs lui assurent de quoi vivre largement – alors, à quoi bon se remettre au cinéma ?
Oui, mais... le soir où Gibby rentre à L. A. avec une migraine carabinée, Seltzer l'appelle et lui annonce qu'il va peut-être retourner à L. A. pour filmer Black Neon, son deuxième opus, mais rien n'est moins sûr car il est encore sous l'effet du LSD ce soir-là... À partir de là, on comprend que les premiers chapitres du livre mettent en scène ceux que Seltzer va choisir de filmer ensuite, car il ne veut pas tourner avec des acteurs, mais avec des vraies putes et des toxicos. On se gardera bien de raconter la suite, bien que le récit ne tienne pas seulement à ses personnages hauts en couleur.
En fait, et c'est là toute l'intelligence du roman, O'Neill arrive à mêler le vrai et le faux, si bien que les vraies putes et les vrais toxicos deviennent à leur tour des personnages qui se jouent à eux-mêmes une comédie pathétique et mortelle. Dans ce livre, comme dans les précédents de Tony O'Neill, on retrouve Los Angeles en toile de fond, ville pourrie et combien corruptrice où l'argent et la drogue se donnent la main pour semer la mort dans de pauvres destinées. On y rêve de vivre ailleurs, mais on ne s'en sort jamais au bout du compte. Parce que la ville, malgré ses soleils trompeurs, est la mort incarnée.

Citation

Je cherche à trouver les gens qui correspondent aujourd'hui à ceux pour qui écrivaient Charles Bukowski ou John Fante. Des ratés magnifiques. Des déjantés. Des tox et des putes. Pas des acteurs.

Rédacteur: Pascal Hérault vendredi 27 décembre 2013
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