Life Deluxe

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samedi 06 juin

Contenu

Roman - Policier

Life Deluxe

Social - Corruption - Gang MAJ mercredi 27 novembre 2013

Note accordée au livre: 2 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23 €

Jens Lapidus
Livet Deluxe - 2013
Traduit du suédois par Max Stadler, Lucille Clauss
Paris : Plon, juin 2013
538 p. ; 24 x 16 cm
ISBN 978-2-259-20837-6
Coll. "Suspense thriller"

Un bon deal ou le degré zéro de... la langue

Comme on pouvait – ou devait – s'y attendre, le tome III de Stockholm noir, se déroule dans le même monde interlope crapuleux que les précédents. On ne change pas une formule littéraire (sic) qui gagne. C'est le même défilé de truands de tout poil (avec prime aux Yougos, qui sont vraiment les meilleurs) portant les mêmes marques de vêtements et d'accessoires à la mode (important ça, les marques, surtout quand il s'agit d'un jean, on ne peut pas laisser ses trous au hasard, il faut des spécialistes hautement qualifiés et grassement rémunérés pour ça). L'intrigue est elle aussi assez banale pour être à la mode : attaque à main armée, assassinats, guerre des gangs, arnaques, délinquance économique, coups fourrés, trafics en tous genres en gros et en détail... la totale, quoi. Pour plus de sûreté, l'auteur fait allusion à lui-même à la troisième personne et à un film tiré d'un volume précédent. On n'est jamais si bien servi... Mais soyons justes, le suspense est réel et l'intrigue, convaincante (même si elle est un peu compliquée ; normal : les truands sont les champions de l'embrouille) et le livre se lit facilement. L'auteur connaît son sujet et parle d'or au sens propre comme au figuré.
Ce qui retient particulièrement mon attention, pourtant, c'est la dissolution de la langue française, mais on savait déjà que celle-ci est en voie de disparition avancée, et aussi de la langue de façon plus générale. Je ne fais pas allusion à l'argot, auquel Auguste Le Breton et Frédéric Dard, pour ne pas parler de Michel Audiard, ont donné des lettres de noblesse (je me délecte linguistiquement des "San Antonio", toujours riches d'inventions qui redonnent de la verdeur à notre langue, car elles fonctionnent de l'intérieur). Non, je vise cette façon très "snoooob" de truffer les pages de mots d'anglais – c'est "chic", ça prouve qu'on est in, n'est-ce pas ? Cette anglomanie linguistique qui déferle sur les médias atteint ici des sommets – ou faut-il dire des abîmes – encore inégalés, il me semble. Les traducteurs ne sont pas en cause, je trouve même qu'ils font du très bon boulot, avec un texte pareil (le très mauvais étant aussi difficile à rendre fidèlement que le très bon). C'est la conception même du langage (pardon : du speak, ce serait quand même mieux dit et plus compréhensible) qui est en cause. Zola ne voulait pas de jour sans une ligne, Lapidus (et autres) ne veulent pas une page sans mot d'anglais. De ce point de vue, le titre annonce bien la couleur. Il fait vraiment "international". Mais que dire de cette "phrase" (sic) : "Checka son Facebook" (attention : "son" est "en français dans le texte", ce qu'il aurait été bon de préciser en note, pour éviter tout malentendu) ? Pas mal, hein ? Les verbes ont une certaine tendance à disparaître (ils ne font que ralentir la lecture). Par contre les gens, les choses, les événements, etc. sont "cool" à chaque page – c'est pratique, un seul et même adjectif pour tout dire et comme, en anglais, il ne s'accorde pas, pourquoi le ferait-il en français ? On gagne une lettre à chaque fois, non ? Il faut faire vite et low cost (attention à la prononciation : pas de diphtongue, un o très bref, SVP, tous les snobs qui utilisent l'expression ne sont pas au courant, car on ne peut pas tout savoir !). Dans la foulée, tout a tendance à se réduire à des initiales, à commencer par le personnage principal, le mystérieux et tout puissant JW. Je suppose pourtant qu'on pourra faire encore mieux, il faut être optimiste, dans la vie. Et une "littérature" dépourvue de langage structuré, c'est quand même l'idéal vers lequel il faut tendre, non ?
Mais j'allais oublier les bonus. Or, pour le même prix, vous avez droit à :
- Un manuel du parfait braqueur (même s'il reste des points à améliorer, nul n'est parfait et une mauvaise surprise est toujours possible dans ce métier comme dans les autres, mais ce sera pour la prochaine version, la 4.0).
- Un manuel du parfait évadé fiscal (qu'il faut mettre rapidement à profit, car il paraît que les possibilités se raréfient, la Suisse elle-même n'étant plus ce qu'elle était).
- Un manuel du parfait infiltré (c'est très précieux, soyez-en sûrs, mais là aussi : attention aux mauvaises surprises, on ne se méfie jamais assez).
- Un manuel du parfait petit snob pour les hommes (barbe de trois jours – pas plus – impérative), qui "se décline" également au féminin (modèle de sac à éviter même parmi les marques avec lesquelles il faut être vue). L'être humain se réduisant désormais à ce dont il fait étalage dans les lieux "branchés", c'est absolument indispensable au bonheur de l'homo XXIe sièclus (je sais, mon sabir n'est pas encore au point, mais tous nos débuts sont difficiles, n'est-ce pas, et je me soigne).
Pas mal comme rapport qualité/prix, non ?
Sinon, je ne vois pas très bien le rapport entre la couverture et le contenu du livre, mais ça c'est du marketing et du meilleur. Quant à l'image de l'être humain qui en ressort, c'est une autre paire de manches, comme il y est souvent dit. Toujours pas l'ombre d'un Suédois honnête, dans cette histoire, au bout de trois volumes. On lance un avis de recherche ?
Le crime ne paie pas ? Oh, que si, mais seulement les plus malins, pas les pauvres cloches, puisque la vertu est toujours récompensée. Car la justice passe, mais il arrive aussi qu'elle... trépasse.

Citation

C'est une Panerai Luminor Regatta. Cool, non ?

Rédacteur: Le Huron svécomane mercredi 27 novembre 2013
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