Requiem pour une racaille

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vendredi 28 juillet

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Roman - Noir

Requiem pour une racaille

Politique - Anticipation MAJ vendredi 09 novembre 2012

Note accordée au livre: 3 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 13 €

Gil Graff
Perpignan : Ultima necat, juillet 2012
352 p. ; 19 x 12 cm
ISBN 978-2-36771-000-6
Coll. "Chronodrome"

Jusqu'à la nausée

En 2005, sortait Chronodrome qui s'achevait sur un "à suivre" de manière logique. Aujourd'hui, ce premier volet ressort avec l'annonce de la reparution d'un autre ouvrage antérieur consacré au même thème pour bientôt (Concerto pour l'abattoir) et une préface élogieuse de Jérôme Leroy. On conçoit facilement les raisons de l'intérêt de Jérôme Leroy car ce livre recoupe certaines de ses préoccupations : fable politique, mise en lumière des ressorts de l'extrême droite, écriture rapide, n'évitant pas les outrances et les commodités pour atteindre le cœur de sa cible, références littéraires - l'un des personnages est surnommé Lenny, allusion à de Des souris et des hommes de John Steinbeck et une vraie souris nommée Algernon, hommage à Des fleurs pour Algernon, un roman de Daniel Keyes.

Difficile de donner un cadre strict au roman qui joue avec les genres. La première moitié est un exercice de style sur la mise en œuvre d'une politique de type nazie dans la France contemporaine. Tout commence avec la convocation de Julien, jeune paumé des banlieues au Pôle emploi. Le lieu devient le centre de tri et très vite Julien (sans trop de problème de conscience) est un nervi du nouveau pouvoir. Face à lui, son frère, handicapé mental, est emmené par Victoria, une jeune garçonne marginale, et les deux déclassés vont essayer de survivre. Description froide et glauque d'un univers barbare où les chômeurs sont égorgés, les enfants soumis aux violences des gardiens et leurs corps usés et détruits déposés dans les poubelles du camp, Requiem pour une racaille n'offre aucune échappatoire, et le style froid et descriptif de Gil Graff renforce encore l'horreur des scènes décrites, allant jusqu'à sacrifier des personnages principaux lors d'une rébellion finale et d'une scène de torture assez rude.

Face à ce climat oppressant, Gil Graff ouvre des fenêtres de "légèreté", en évoquant la résistance possible. À commencer par celle d'enfants, dont une Alice très carrolienne, d'un chien, du couple improbable formé par Lenny et Victoria et d'un vieil homme. Ce dernier tire l'intrigue vers la science-fiction car il croit qu'en fait il existe des réalités alternatives et des puissances du futur qui viendraient changer, à petites doses, le présent pour offrir une alternative sympathique. Des preuves ou des réminiscences de ce complot transparaissent avec un accident que le vieil homme a vécu mais qui n'aurait pas eu lieu, avec des messages cachés dans l'Aude, là où se réfugient les derniers survivants lorsque l'épuration ethnique commence. Ces quelques bouffées optimistes finales ne masquent pas la profonde noirceur, souvent sanglante et gore, très sexuée, d'un récit qui emprunte à Frédéric H. Fajardie, sans le côté romantique et joyeux, pour présenter un futur proche dans lequel nous pourrions basculer.

Citation

Il écima le sein lentement, conscient qu'il endommageait le matériel nécessaire à l'alimentation de l'élevage de sa nouvelle race de milicien. Bah, il resterait un autre téton intact.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 05 novembre 2012
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