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Essai - Noir

Les Secrets des grands crimes de l'Histoire

Faits divers MAJ mercredi 25 avril 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,5 €

Philippe Charlier
Paris : La Librairie Vuibert, mars 2012
288 p. ; 22 x 15 cm
ISBN 978-2-311-00435-9

À tombeaux ouverts

Philippe Charlier n'est pas un médecin légiste comme les autres. Ce jeune et beau trentenaire s'est imposé dans un reportage passionnant diffusé en 2011 sur l'authentification de la tête momifiée d'Henri IV retrouvée chez un particulier. On se rappellera les indices de l'oreille trouée par une boucle ainsi que les constations sur la momification des rois de France dont la technique changea avec Henri IV pour adopter celle des Italiens.

Ce maître en conférence en médecine légale au CHU de Garches et chercheur au laboratoire d'Éthique médicale à Paris V travaille sur des morts récents mais s'est spécialisé en anthropologie sur les morts anciens, qu'ils appartiennent à un groupe donné, comme les contemporains de Vercingétorix qui souffraient d'arthrose et les chrétiens enterrés dans un cimetière crétois au Ve et VIe siècle, ou qu'ils soient célèbres, comme Diane de Poitiers et Agnès Sorel morte d'une intoxication au mercure sans doute pour éliminer son infestation de vers intestinaux.

Dans un portrait publié le 17 avril 2012 dans "Ouest-France", le docteur Charlier évoque le déclic de sa vocation : "J'avais sept ans. Avec mes parents, nous visitions les sites archéologiques de Pompéi et d'Herculanum, près de Naples. Un choc. Ça m'a marqué pour la vie." Auteur de plusieurs livres, il nous offre ici une petite balade érudite et joyeuse parmi quelques cas célèbres ou non. Il précise : "Mon travail est toujours le fruit d'une collaboration avec des archéologues, des historiens. Il s'agit de faire cohabiter la médecine et l'histoire, pour savoir comment mes patients sont morts et, ce qui est tout aussi important, quel était leur état de santé au moment de leur décès."

Après une brève histoire de la médecine légale, on commence le parcours au Ier siècle avant Jésus-Christ avec une histoire de poison racontée par Cicéron puis un article tordant sur l'immunité au poison de certains saints increvables comme Saint Samson ou Saint Poppon. Après l'impératrice nymphomane Zoé Porphyrogénète, le meurtre de Saint Thomas Becket et celui du duc d'Orléans, l'auteur traite des débuts de la médecine légale avec l'assassinat du seigneur de Clanay et de son fils de six ans en 1542, puis celui de la mort du grand-duc de Toscane, Francisco I, en 1587 dont le cadavre, expertisé près de trois cents plus tard, se révèlera plein d'arsenic. Suivent l'examen d'Henri III poignardé par le moine Jacques Clément, et celui de l'assassin musicien Carlo Gesualdo adepte des séances analo-maso.

Après un grand chapitre passionnant sur la fin d'Henri IV, voici la Brinvilliers et une amusante annexe intitulée "comment se prémunir d'un empoisonnement" avant un cas stupéfiant d'empoisonnement arsenical et vaginal au Danemark au milieu du XVIIIe siècle.

Cours de balistique avec la balle qui transperça la tête de Charles XII de Suède, puis incroyable procès-verbal d'autopsie d'un mort suspect à Saint-Nectaire en 1765. Grâce aux rapports de Ferdinand Federici chargé de l'ordre sur les Champs-Élysées entre 1777 et 1791, Philippe Charlier nous brosse à touches rapides un saisissant état des lieux.

Dans le chapitre "anthologie des exhumations médico-légales", l'auteur retranscrit le long rapport sur l'exhumation de la femme Hivet en 1829, et s'extasie en conclusion : "Ce long texte (qui a des allures de poème en prose) est l'occasion de dresser un tableau presque artistique des différentes couleurs (une palette à la Cézanne ?) et aspects physiques par lesquels passe un cadavre humain."

La pendaison de Nerval, l'assassinat de Lincoln, les relations sado-maso noyées d'alcool de Rimbaud et Verlaine, l'asphyxie de Zola, l'assassinat de Jaurès, celui de Trotsky avec un pic à glace concluent l'ouvrage avant un épilogue sur la description du monstrueux gibet de Montfaucon situé dans le Xe arrondissement de Paris où l'on suspendit des milliers de corps pourrissant du XIIIe siècle au début du XVIIIe.

Loin de se montrer pédant, Philippe Charlier dans un style vif, précis, souvent drôle et teinté d'humour noir, survole l'Histoire par l'anecdote, et compile rapports et extraits étonnants. Certains d'ailleurs, surtout les plus anciens, auraient mérités d'être plus adaptés à la lecture d'aujourd'hui pour coller au dynamisme de l'ensemble de l'ouvrage. Même s'il n'est pas intervenu directement sur tous ces cas, le scientifique nous livre son avis d'expert à partir des données recueillies et retrace en filigrane une histoire passionnante de la médecine légale. On retiendra de l'ouvrage, outre l'expertise trash de la femme Hivet et les conseils pratiques pour découper une boîte crânienne, le récit macabre des expérimentations menées par Orfila & Lesueur qui publièrent un livre en 1831 dont le titre est tout un programme : Traité des exhumations juridiques et considérations sur les changements physiques que les cadavres éprouvent en se pourrissant dans la terre, dans l'eau, dans les fosses d'aisance et dans le fumier.

Citation

Nul n'ignore les capacités "momificatrices" de l'arsenic (tout le monde se souvient de l'état du cadavre de Napoléon Ier plusieurs années après son décès sur l'île de Sainte-Hélène… et la suspicion, déjà, d'un empoisonnement).

Rédacteur: Michel Amelin lundi 23 avril 2012
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