Retour simple

Alors j'ai serré Michael dans mes bras et je lui ai chanté une chanson. J'espérais que ça allait passer et qu'ensuite il irait mieux. Elle leva sur nous son visage ruisselant de larmes Mais ça n'a pas passé.
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mercredi 17 octobre

Contenu

Roman - Policier

Retour simple

Social MAJ jeudi 03 février 2011

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 12 €

Stéphane Prat
Bouguenais : Asphodèle, décembre 2010
110 p. ; 18 x 12 cm
ISBN 978-2-91-832911-4
Coll. "Romans et nouvelles"

Retour gagnant

Comme je suis d'un naturel taquin et que j'aime bien faire l'inverse de ce que je dis, je vais tout naturellement inaugurer cette chronique consacrée aux livres publiés à compte d'auteur ou autoédités en vous parlant d'un roman de Stéphane Prat, Retour simple, publié... à compte d'éditeur.
Pourquoi ? Parce qu'il y a quelques années de cela ce même auteur a publié, en autoédition, un polar absolument loufoque, baroque et foisonnant intitulé Le Fruit défendu. Le bouquin m'avait tellement plu que j'avais alors songé à concocter un site Internet entièrement dédié aux pépites injustement boudées du monde de l'édition à compte d'auteur. Le projet, faute de temps, n'avait pas abouti, mais j'en avais toujours gardé le concept dans un petit coin de mon petit crâne et lorsque Julien Védrenne me proposa, fin 2010, de participer à k-libre, je m'empressai de dépoussiérer ma lubie pour qu'elle devienne enfin réalité.
C'est alors que je rédigeais l'introduction de ma première chronique que Retour simple déboula, sans prévenir, dans ma boîte aux lettres. Hasard heureux s'il en est, car ce roman est en réalité une version réécrite de ce fameux Fruit défendu qui m'avait fait une si forte impression. Et quand je dis "version réécrite", je pèse mes mots tant les deux versions diffèrent notablement. Agréable sentiment de boucler une boucle, en quelque sorte.
L'action de Retour simple se situe à Saint-Malo, à Noël. Alors que les rues sont le théâtre d'un piteux carnaval où défilent, au milieu d'autres Ostrogoths du même acabit, une panthère rose, un évêque alcoolique et un père Noël philosophe, ces mêmes protagonistes se retrouvent quelques heures plus tard rassemblés autour du cadavre d'une femme découverte morte dans la cuisine de sa confiserie : "Le Fruit défendu". Et le carnaval recommence, mais c'est celui de la vie cette fois, avec ses grandeurs et ses bassesses.
Ce qui impressionne, en premier lieu, dans Retour simple, c'est la qualité de la langue de Stéphane Prat, à la fois très lisible et en même temps extrêmement littéraire et travaillée. La manière dont il pose la psychologie de ses personnages, par exemple, nous oblige à faire référence à Simenon, tout comme cette capacité, qu'il partage avec le père de Maigret, de donner aux lieux du drame une dimension quasi humaine : car Saint-Malo, dans ce roman, n'est pas qu'un simple décor, c'est un personnage parmi les autres.
La philosophie occupe aussi une grande place dans Retour simple. Sous forme de clin d'œil, déjà, avec les noms des différents protagonistes : Alain, Baudrillard, Althusser... Jusqu'au chien qui répond au charmant patronyme de Maître Eckhart. Mais dans le fond de l'histoire, également, car en grand amateur de Clément Rosset, Stéphane Prat tisse, en arrière-plan de l'intrigue, une réflexion profonde sur l'identité, sur le double et sur cette fâcheuse tendance qu'a le réel à ne jamais être là où on l'attend. L'intrigue policière et la quête philosophique de sens s'entremêlent avec tellement de subtilité qu'un des héros en arrive même, malicieusement, à décréter qu'un "enquêteur ne devrait jamais se déplacer sans son philosophe".
Voilà donc un polar sortant des sentiers battus, à la fois guide touristique, traité philosophique, précis de psychologie, étude sociologique... Et le tout en à peine plus de cent pages ! Disons le clairement : on frôle l'exploit.

Vous pouvez retrouver toutes les chroniques à L'Heure des comptes !

Citation

Si toutes les femmes quittaient leur bonhomme parce qu'il manque de courage, la Terre ne serait que solitude et désolation.

Rédacteur: Stéphane Beau mercredi 02 février 2011
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