Marseille, 1198

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jeudi 17 octobre

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Roman - Aventure

Marseille, 1198

Politique - Historique MAJ mercredi 21 juillet 2010

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 8 €

Jean d'Aillon
Paris : J'ai lu, avril 2010
448 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-290-02355-6

Guilhem d'Ussel, un nouveau héros avec qui il faudra compter !

Le viguier Hugues de Fer, premier magistrat de Marseille, est chargé de l'administration, de la police, de la justice, de la ville et du port. Il a été nommé par le vicomte Raymond. À la mort de ce dernier, son frère Roncelin, ancien moine, faible et jouisseur l'a confirmé dans sa charge. Il fait son inspection quotidienne sur le port quand, à la poupe d'une sagette, une silhouette réveille des souvenirs. Il se précipite et tombe dans les bras d'Ibn Rushd. Celui-ci, cadi à Marrakech, est en fuite, mis en disgrâce par la jalousie de religieux. Précédemment médecin à Damas, il avait sauvé, en 1091, Hugues de l'esclavage.
Alors qu'ils évoquent les temps anciens, l'intendant de Roncelin vient annoncer la découverte d'un massacre dans la tour où le vicomte avait l'habitude de retrouver des dames. Sur place, les deux amis trouvent les cadavres des serviteurs et le corps violenté de Madeleine Mont Laurier, une veuve, une des femmes les plus riches de la ville. Mais le vicomte a disparu. Or celui-ci est au centre d'une lutte féroce pour le contrôle de Marseille. En effet, la maîtrise des richesses de celle-ci favoriserait celui qui voudrait s'emparer du comté de Provence. Parmi les principaux candidats qui magouillent, on trouve Hugues des Baux, le comte de Toulouse et le pape Innocent III.
Chacun a mis en place des pions : Raymond de Saint-Gilles a envoyé Guilhem d'Ussel pour estimer la capacité guerrière d'Hugues des Baux. Le pape fait transmettre à Roncelin, par un couple de ménestrels, une offre d'achat de ses droits...
Entre temps, revenant de croisade pour se mettre au service de Richard Cœur de Lion, Robert de Locksley se fait dévaliser de son butin par son écuyer, à Marseille.
D'informations en renseignements hasardeux, Hugues et Ibn Rushd arrivent à la conclusion que le vicomte doit être emprisonné aux Baux. Pour conserver la paix et un commerce florissant, il faut le faire évader. Autour d'eux, ils regroupent Guilhem, Robert Locksley et les deux ménestrels. Ils reçoivent également l'appui d'un Perse de Damas qui maîtrise l'usage d'une poudre explosive. Réunis par les circonstances et des intérêts spécifiques, les sept personnages se mettent en route. Mais les enjeux sont si importants que toutes les traîtrises sont possibles...

Avec la saga de Guilhem d'Ussel, Jean d'Aillon fait revivre l'époque de Philippe II, quand on commence à appeler celui-ci Philippe Auguste. Le roi de France est en conflit avec Richard Cœur de Lion qui, bien que roi d'Angleterre est son vassal pour la province d'Aquitaine. Il explicite fort bien les ambitions de ceux-ci : la volonté du roi d'Angleterre d'ouvrir, à travers le comté de Toulouse, une voie vers la méditerranée et celle de Philippe II de prendre en tenaille le Poitou et le Périgord. Il énonce les incidences sur les vassaux. Il expose, avec brio, une situation politique rendue fort complexe par les liens entre vassaux et suzerains. Mais toute ambition passe, pour sa réalisation, par la possession de moyens financiers suffisants. Marseille, ouvert sur l'Orient depuis les croisades, a développé une activité marchande très lucrative.
Jean d'Aillon restitue toute la vie administrative des principales classes sociales de l'époque. Il met en valeur toutes les relations complexes entre les familles nobles et régnantes, l'écheveau presque inextricable des droits qui régissent les possessions territoriales et des liens qui unissent les familles par des mariages, des traités, des achats de droits sur un territoire. Il donne une vision didactique de ces réseaux et des droits divers qui les régissent. Il éclaire également les enchevêtrements financiers que pouvaient construire les marchands pour équiper des bateaux, acquérir la marchandise.
En tenant compte de ces éléments historiques, il élabore une intrigue subtile, mais machiavélique, qui prend en compte toutes ces soifs de pouvoir, toutes ces ambitions qui spéculent sur la complexité des droits et règlements divers.
Avec Guilhem d'Ussel, l'auteur a construit un personnage fascinant, tant par son passé que par son comportement actuel. Celui-ci a été fait chevalier par le capitaine de la bande d'écorcheurs à laquelle il appartenait. Ces bandes, recrutées par les rois et les grands seigneurs, ne vivaient que pour le massacre et le pillage des populations. Il montre, ainsi que le mélange des genres, le mépris du peuple et ses souffrances, ne sont pas nouveaux de la part de dirigeants.
Il équilibre sa galerie de protagonistes entre personnages historiques et de fiction, les faisant cohabiter naturellement. Il intègre, ainsi, Robert de Locksley, proposant un panachage des visions d'Alexandre Dumas et de Walter Scott. Il en ressort un héros magnifique d'humanité.
Il montre la réalité d'une époque où la notion du temps, des délais, semble aujourd'hui effarante. Comme à son habitude, il donne une description très terre à terre de la vie quotidienne, comme le partage du lit dans une chambre d'auberge, par deux inconnus.
L'auteur éclaire la véritable face de l'Église Catholique avec sa soif de domination, son intégrisme, sa volonté de tout régenter, même le comportement quotidien. Au détour d'un paragraphe, il montre l'utilisation du sacrement de la confession faite par les religieux, la plus belle machine à espionner inventée par l'homme.
Marseille 1198, le premier volet de la nouvelle série de Jean d'Aillon, nous entraîne sur les pas d'un héros attachant, dans une suite d'aventures haute en couleurs. Ce roman, servi par une érudition sans faille, une écriture souple et nerveuse, une intrigue menée avec dynamisme, est un nouveau succès à inscrire à l'actif d'un auteur au précieux talent de conteur.

Citation

Nous avons appris par l'évêché que le vicomte en titre, un ancien moine défroqué, est couvert de dettes. Il serait prêt à vendre ses droits sur la vicomté contre vingt mille sous d'or.

Rédacteur: Serge Perraud mardi 20 juillet 2010
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