Todd Marvel : détective milliardaire

Il ne craindrait plus l'obscurité, le froid, la solitude, parce qu'il était lui-même devenu la nuit, le silence, la somme de tous les jours passé, et que le futur n'existerait plus jamais.
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Roman - Policier

Todd Marvel : détective milliardaire

Arnaque - Assassinat MAJ mercredi 09 juin 2010

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 12,6 €

Gustave Le Rouge
Alteredit, mars 2010
280 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-84633-182-1
Coll. "Policier XIXe & XXe siècles"

Un détective peu commun !

À San Francisco, dans le quartier du faubourg d'Orient, une jeune femme en deuil cherche les locaux de John Jarvis, un "private detective". Elle y rencontre un homme qui se présente comme son secrétaire et collaborateur. Elle explique qu'elle est au désespoir. Il y a encore huit jours, son mari vivait et ils avaient de l'argent. Aujourd'hui, elle est veuve et ruinée. Elle s'inquiète de la somme que demandera le détective. Floridor Quesnel répond que son patron adapte ses honoraires à la situation de ses clients. Jarvis la reçoit et lui fait raconter son histoire.
Après quelques péripéties mouvementées, il débusquera le criminel et rendra son argent à la jeune veuve, à défaut de son mari.
Sous l'identité de John Jarvis se cache Todd Marvel, un milliardaire qui : "doué d'une puissance de logique extraordinaire, s'est pris de passion pour le métier de détective".
Par sa fortune, il côtoie le gratin de la finance des États-Unis. Il est invité à assister au retour à la jeunesse du banquier Josias Rabington. En deux mois de traitement, le financier a été débarrassé du poids des années. Todd, plutôt que le "jeune" banquier, scrute le docteur Klaus Kristian responsable de la métamorphose. Celui-ci lui fait l'effet d'un parfait coquin. Miss Elsie, la pupille de Rabington lui semble très soucieuse au milieu de la fête. Une sonnerie téléphonique, dans une pièce voisine, fait lever la jeune fille qui va répondre. Par la porte entrouverte, il la voit écouter, pousser un cri puis s'évanouir. Todd se précipite, mais le médecin l'éconduit assurant qu'il va s'occuper d'elle. Le détective, qui a un fort penchant pour Elsie, ne peut la revoir de la soirée. Ce n'est que trois jours après, qu'elle lui passe un message pour un rendez-vous furtif. Elle est surveillée. Le banquier rajeuni n'est pas son tuteur. Celui-ci a pu, pendant la fameuse soirée lui téléphoner pour appeler au secours. Elle est persuadée qu'il est en danger de mort !

Gustave Le Rouge et son œuvre, sans le soutien actif et constant de Blaise Cendrars, auraient sans doute disparu, sans laisser de traces, dans les abîmes de l'histoire du roman populaire. Il a un parcours modeste, expliqué sans doute par son refus des honneurs factices et l'argent facile. Il est reporter, spécialisé dans les "chiens écrasés", pour Le Petit Parisien, puis Le Petit Journal Illustré. Il fera, ainsi, pendant une large part de sa carrière, la tournée des commissariats de Paris et de sa banlieue.
Ses œuvres les plus marquantes ont été publiées avant la Première Guerre mondiale, dans des brochures bon marché à la parution périodique, fabriquées en série. De ces fascicules tirés à des dizaines de milliers d'exemplaires, (de quoi faire pâlir de jalousie la quasi-totalité de la gente "écrivaillonne" de notre époque) il n'en restait quasiment rien, à part deux ou trois romans qui ont été réédités dans l'entre-deux-guerres. Son œuvre, cependant, si elle comporte effectivement nombre de romances et de textes au caractère "alimentaire", comprend quelques pièces remarquables qui méritent de sortir de l'oubli. Todd Marvel : détective milliardaire en fait partie.
Ce roman est paru en vingt fascicules chez l'éditeur Nilsson en 1923. On retrouve dans ce texte, scindé en deux volumes, pour le présente réédition : Todd Marvel : détective milliardaire et L'Amérique mystérieuse, des qualités de style et d'imagination brillantes. On ressent un travail sur l'écrit, une façon de mettre en scène ses personnages et les péripéties qu'il concocte, d'une imagination fertile.
Certes, on peut aujourd'hui trouver le ton emphatique, une mélo-dramatisation des situations marquée, l'excessivité du langage et des jugements sur les caractères raciaux un peu déplacés. Mais cela s'inscrit dans l'art du feuilleton avec toutes ses qualités et tous ses défauts. Il fallait capter l'attention des lecteurs et leur donner envie de poursuivre la lecture lors que la parution du prochain opus la semaine ou le mois suivants. Ces recettes sont toujours en vigueur. Il suffit, pour s'en rendre compte de suivre les nombreuses émissions de télévision racoleuses qui usent des mêmes artifices pour empêcher les gens de "zapper".
"Les aventures de Todd Marvel", dont une large part est consacrée à la poursuite du docteur Klaus Kristian, un monstrueux criminel, se lisent avec grand plaisir. On est emporté par l'action, par son déploiement tumultueux, par la succession des tableaux baroques et on s'amuse fort des quelques invraisemblances qui émaillent les aventures des héros.
Un livre à découvrir pour savoir ce qu'un maître du feuilleton peut faire avec une imagination débridée et un talent certain de conteur.

Citation

Je ne puis supporter la présence du docteur Klaus Kristian. J'éprouve pour lui la même répugnance physique que pour un rat, un crapaud ou tout autre animal immonde. Il m'est tellement odieux que sa présence me cause un réel malaise.

Rédacteur: Serge Perraud dimanche 06 juin 2010
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