L'Abominable homme de Säffle

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mardi 17 juillet

Contenu

Roman - Policier

L'Abominable homme de Säffle

Social MAJ samedi 07 avril 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 8,5 €

Maj Sjöwall & Per Wahlöö
Den Vedervärdige Mannen frän Säffle - 1971
Préface de Jan Guillou & Jens Lapidus
Traduit du suédois par Philippe Bouquet
Paris : Rivages, novembre 2009
280 p. ; 17 x 11 cm
ISBN 978-2-7436-2027-1
Coll. "Noir", 754
Roman d'un crime, 7

Ce qu'il faut savoir sur la série

Grande série policière suédoise écrite entre 1965 et 1975, "Roman d'un crime" suit les investigations de Martin Beck, policier consciencieux, et de sa brigade. Les enquêtes classiques de Martin Beck conduisent à mettre en avant l'envers du décor d'une société suédoise qui a tous les éléments en mains pour prospérer. Comme l'écrit Robert Deleuze dans Les Maîtres du polar, c'est une "scannerisation de la société suédoise" qu'opère le couple d'écrivains.

Le monopole de la violence

Dans une chambre d'hôpital, un homme se meurt. Affaibli par une terrible maladie. Il sent le souffle de la mort à travers les rideaux. Mais cette mort certaine prend un chemin des plus directs. Caché dans l'embrasure, un autre homme se précipite armé d'une baïonnette et s'abat sauvagement sur le malade. Peu de temps après, la police alertée débarque. Le commissaire Nyman n'avait pas que des amis. Ses méthodes peu académiques se résumaient en deux mots : torture et humiliation. Martin Beck va alors fouiller dans son passé, revenir sur les pires heures de la police suédoise pour essayer de débusquer le bras vengeur, d'autant que le tueur n'entend pas en rester là, et que lui, Martin Beck, est aussi sur ses tablettes.

Maj Sjöwall et Per Walhöö, dans un roman sombre, dressent un tableau noir de la police, des ses exactions, de sa toute puissance, de son "monopole de la violence" comme le souligne Jens Lapidus dans la préface (nous en reparlerons par la suite), de ces citoyens de seconde zone (ou pas) qui se retrouvent au cœur d'histoires insondables et auxquelles on a du mal à croire. Et pourtant il y avait un organisme chargé d'enquêter sur la police avec à sa tête un ombudsman qui ne pouvait que classer les plaintes sans suite car les policiers se serraient les coudes et leur parole était d'évangile. Et rien, même pas des dizaines de plaintes contre un seul et même policier, ne pouvaient lui porter ombrage. Police totalitaire dans un régime démocratique (?).

Quand Martin Beck se penche sur le passé de cet abominable homme de Säffle (Säffle est le nom d'une ville de Suède et ne veut en aucun cas dire "neige"), il mesure l'étendue de ce qui l'attend : même après sa mort, les langues ne se délient pas, et les autres policiers voient d'un mauvais œil un flic enquêter sur un autre flic (ce qui est une constante dans toutes les polices du monde). Alors il est obligé de se faire des ennemis, de partir à l'abattoir. Et l'abattoir, justement, il va le trouver dans un final étourdissant, où les flics plongent le nez dans les fontaines pendant qu'un individu armé jusqu'aux dents, Rambo scandinave des années 1970, arrose tout un quartier pour mieux expulser la colère qu'il ressent. Certains y perdront la vie, Martin Beck y perdra beaucoup plus.

Cette réédition, comme toutes les autres dans la collection "Noir" de chez Rivages, s'offre deux prestigieux préfaciers. Jan Guillou, contemporain des deux écrivains, nous explique que "la prison est l'endroit idéal pour lire Sjöwall et Walhöö" et qu'il les a lus "davantage pour des raisons d'ordre social que littéraire". À l'inverse, Jens Lapidus relate qu'il n'était pas né lors de la parution en 1971 du roman et qu'il est "venu au livre grâce au film, tourné en 1976 sous le titre Mannen på taket" (Un flic sur le toit), de Bo Widerberg, qu'il a pu voir après une incroyable dispute avec ses parents car c'était un film trop violent et déplaisant et qu'il "pourrait être influencé dans le mauvais sens". Heureusement pour lui, Jens Lapidus a pu le voir (En revanche, Psychose, d'Hitchcock, et L'Inspecteur Harry, de Don Siegel, non). Bien plus tard, l'auteur de Stockholm abordera le roman pour se rendre compte "que pour la première fois, quelqu'un décrivait la criminalité et le travail à la police à Stockholm d'une façon pertinente".

Citation

Si l'on veut vraiment être sûr d'aller en taule, il suffit de tuer un policier.

Rédacteur: Julien Védrenne lundi 22 février 2010
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