Ce pays qu'on assassine

Il hurle. Ses cris rebondissent follement entre les parois de sa prison si étroite, alors que son esprit vacille au bord d'un vide cosmique empli de néant.
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mercredi 17 août

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Roman - Noir

Ce pays qu'on assassine

Social - Tueur à gages - Urbain MAJ mardi 22 février 2022

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 11,5 €

Gilles Vincent
Pau : Cairn, février 2021
362 p. ; 18 x 13 cm
ISBN 978-2-35068-930-2
Coll. "Du noir au Sud", 108

Concentré de noir

Marseille. La commissaire Aïcha Sadia se retrouve face à un meurtre, ou plutôt une exécution. En pleine nuit, une moto arrêtée, une berline noire, une vitre qui descend et une balle dans la gorge — car, apparemment, l'exécuteur savait que sa cible portait un gilet pare-balles. Puis descendre de voiture et sous le casque, lui loger une balle dans chaque œil. Seul témoin, un vieil insomniaque à son balcon que le tueur a vu, puisqu'il lui a tiré dessus de bien trop loin pour lui faire du mal. Un meurtre de cinéma, quasiment chorégraphié par des gens qui connaissaient leur cible et ses habitudes. Lorsque la victime est identifiée comme Tarek Basani, un Franco-Syrien spécialiste de l'import-export, l'affaire prend une autre tournure : il travaillait également pour Manon Péan, la star montante de l'extrême-droite locale... Hénin-Beaumont. C'est la capitaine Carole Vermeer qui est également mise sur un crime sordide : on a retrouvé les cadavres de deux Érythréennes, dont une adolescente, massacrées, violées et étranglées, les cadavres mutilés avant d'être déposés comme des sacs. Le crime d'un groupe d'hommes, au moins six, selon les premières constatations. Seulement voilà, dans une ville sous loupe, même la plus dure des fliquettes peut baisser les bras...

Comptant dans le peloton de tête des auteurs que l'on aime bien à k-libre, à l'instar de Pierre Pouchairet, Gilles Vincent continue sur sa voie, celle de polars d'enquête sévèrement burnés sans tomber dans le "dur-à-cuire", toujours basés sur la sociologie de notre époque. Mais là, l'auteur semble avoir fait encore un bond en avant quantique dans l'écriture, toujours d'une précision de sniper, mais avec quelques bonheurs de style bien sentis. Il a aussi fait un bond dans la noirceur, et pas seulement par le sordide de l'un des crimes : le tout présente une radiographie de ce pays tuméfié prêt à se livrer au pire en pensant éviter le mauvais, symbolisé par une surprise de taille réservée au lecteur que l'on se gardera de déflorer. Sans doute un de ces livres qu'on relira plus tard comme un portrait d'un instant T dans l'histoire, à la façon ces poliziottesci italiens cinématographiques des années 1970, âpres et teigneux comme les années de plomb, que l'on redécouvre aujourd'hui après les avoir longuement méprisés. Lorsqu'on place déjà la barre très haut et qu'on la remonte encore, on ne peut qu'applaudir et en redemander...

Citation

Scène de crime, une expression qui porte bien son nom. C'est ce qu'elle se dit en se dirigeant droit vers son équipe. Un espace délimité, des acteurs bien en place dans une lumière particulière, presque étudiée. Le lampadaire et sa lueur pâlotte, le reflet des gyros, le bleu et blanc des voitures de police, le rouge pétard du Samu, et toutes ces silhouettes affairées, déguisées en Neil Armstrong.

Rédacteur: Thomas Bauduret mardi 22 février 2022
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