L'Âme du fusil

Graves avait repéré un poignard en forme de crucifix, au manche sculpté en Christ pour une meilleure prise. Quelques années plus tard, il avait écrit une scène où Kessler pressait une arme identique dans la main tremblante de Sykes, l'obligeant à trancher les plis flasques de la gorge d'une vieille dame.
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Roman - Noir

L'Âme du fusil

Psychologique - Assassinat - Rural MAJ mercredi 08 décembre 2021

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 16 €

Elsa Marpeau
Paris : Gallimard, août 2021
182 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-07-292557-3
Coll. "La Noire"

Complexe simplicité

Philippe a tout pour être heureux (ou presque). Même s'il est chômeur, il attend que sa femme rentre du travail, il attend ses amis pour aller boire et chasser, il attend son fils qui va bientôt avoir seize ans et pourra aller chasser avec lui. Il se fait déjà une joie de monter à Paris pour lui acheter sa première arme. Mais voilà qu'un voisin risque de perturber sa vie. Ce voisin est un drogué, qui a fait le désespoir de sa famille, et qui loge dans une maison ancestrale délaissée. Mais il vivote, se baigne tout nu en pleine nature, et est une bouffée d'oxygène pour certains habitants du coin. Philippe, désœuvré, se met à le surveiller, se pose des questions sur le pourquoi de cette attirance, refuse de reconnaître que de l'avoir vu déshabillé lui a fait quelque chose. Comme chez Pier Paolo Pasolini, l'arrivée de ce "beau ténébreux" va réveiller bien des pulsions. Les amis chasseurs trouvent qu'il traîne un peu trop avec la femme de Philippe. Son fils est inquiet. Dans une fausse ambiance de paix villageoise, de bien sombres pensées pourraient alors germer.

Un roman tendu, court et nerveux, où Elsa Marpeau excelle à donner corps à cet homme qui regarde passer la vie, ne sait pas quoi faire, se demande qui il est réellement. S'appuyant sur du quotidien, sur des petits gestes de la vie de tous les jours, sans manichéisme, l'auteure raconte les gestes et les pensées, mine de rien, les petits reniements, la vie à la fois simple dans ses actions, mais si compliquée dans les têtes. À travers les paroles de Philippe, se dessine en contre-jour la vie du fils et celle de l'épouse. Une scène de noces est racontée, décrite, avec force, sans jugement, dans une justesse de ton, que symbole à merveille le titre. Normalement l'âme d'un fusil est lisse et ce roman montre, de façon magistrale, que derrière le "lisse" apparent il y a de nombreuses aspérités, des petites bosses, des déviations, bref la vie. Elsa Marpeau continue ainsi son œuvre de bien belle manière.

Citation

Dans le silence parfait des champs, j'ai pris une bêche et j'ai creusé un trou. Il n'y aurait pas d'autres funérailles que celles-ci, minuscules et bâclées.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 08 décembre 2021
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