Nada

 - Ah, le prévôt nous amène le Vinci ! Depuis quand un peintre donne-t-il des cours aux gens de science ? - L'homme a plus dépecé de cadavres qu'il n'a barbouillé de toiles ! Il aurait même disséqué une femme morte enceinte pour en étudier le fœtus dans son ventre. 
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vendredi 15 décembre

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Roman - Noir

Nada

Terrorisme MAJ samedi 19 décembre 2009

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 5 €

Jean-Patrick Manchette
Paris : Folio, septembre 1999
240 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-07-041054-4
Coll. "Policier", 112

Une version terroriste de Bouvard et Pécuchet

L'intrigue romanesque est d'une simplicité biblique : les membres d'un groupuscule gauchiste se réunissent, enlèvent l'ambassadeur des États-Unis dans un bordel de luxe et se réfugient dans une ferme isolée. Pour éviter la contagion révolutionnaire, le gouvernement charge le commissaire Goemond de procéder à l'exécution des terroristes (même si cela doit coûter la vie de l'otage). Un des terroristes parvient à s'extraire du piège et la vérité sera dite, enfin peut-être.
Il faut se souvenir : en 1972 le roman policier à la française (et ses représentations cinéma ou télévisées) oscille entre la tradition psychologique ou fonctionne encore sur le mythe du gangster de Simonin et d'Audiard. Pourtant, les mouvements de 1968 sont passés par là. Manchette a déjà ouvert des pistes avec L'Affaire N'Gustro qui revisite l'affaire Ben Barka. Même si la violence prolétarienne existait à l'époque et se dévoilera plus ouvertement avec le groupe Action Directe, tout est calme dans la France de la fin pompidolienne.
Avec Nada, c'est l'introduction de la donne "terroriste" dans le roman noir. Dès le début Manchette va donner le ton en plaçant son texte sous la patronage conjoint de deux extraits : l'un d'Hegel et l'autre du "Chasseur français", en se situant en théoricien et en praticien du terrain. Puis le premier chapitre sonne étrangement. Tout d'abord, il relate ce qui pourrait être la fin du livre (une description de l'attaque de la ferme) mais raconté à travers le point de vue d'un gendarme de base qui envoie une lettre à sa mère restée à la campagne. Là, Manchette nous propose déjà sa vision flaubertienne dans cette version Bouvard et Pécuchet de l'aventure terroriste. Du coup, le lecteur se doute que la police, et plus largement les institutions vont être malmenées : les forces de police ne sont compétentes qu'à travers la brutalité et la torture, les luttes d'influence entre les différents services de police, les policiers intègres doivent se taire s'ils veulent garder leur travail ; les ministres donnent des ordres de manière implicite mais refusent de les assumer, la presse grand public et les organes de communication retranscrivent tels quelles les plaidoiries langue de bois du pouvoir ; la scène de l'attaque de la ferme est décrite comme une véritable boucherie.
Mais comme l'écrit Manchette "le terrorisme gauchiste et le terrorisme étatique quoique leurs mobiles soient incomparables, sont les deux mâchoires du même piège à cons". Et c'est sans surprise qu'il dénie toute valeur aux organisations gauchistes : d'une part, l'ensemble des réactions après l'enlèvement par des groupuscules qui contestent l'analyse politique des preneurs d'otage fait office de splendide langue de bois. "Tu n'es pas maoïste, au moins ? Je ne suis pas complètement con." Quand au groupe Nada, lui-même il est constitué de personnages peu reluisants : un alcoolique, une jeune fermière qui cherche régulièrement des relations sexuelles, un intellectuel professeur de philosophie qui vivote de cours particulier et doit subir les brimades de ses élèves riches et suffisants. Juste avant l'assaut par les forces de l'ordre, les gauchistes parlent de leur motivation et la seule répartie censée semble être celle que affirme : "j'aime mieux finir dans le sang que dans le caca".
Le style de Manchette est un modèle du genre, avec des phrases sèches, des descriptions qui rendent visibles les choses décrites et un sens de l'économie dans le détail qui forcent l'admiration.
"Épaulard ressortir de la cabine, prenant soin avant de fermer de rabattre à demi le loquet, de le maintenir avec sa lame de sorte que le loquet retombait." Le tout se ponctuant soit par des phrases collées du discours dominant (la langue de bois des articles ou interventions radio, la lettre du gendarme) ou des incises à l'ironie cinglante et aux comparaisons surréalistes.


On en parle : Polar - Le Magazine du policier n°12 |813 n°108

Citation

Le train arrière se barrait de tous côtés, pire que Sophia Loren

Rédacteur: Laurent Greusard samedi 19 décembre 2009
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