La Fête des fous

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Roman - Noir

La Fête des fous

Social - Tueur à gages - Immigration clandestine MAJ vendredi 23 juin 2017

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22,5 €

James Lee Burke
Feast Day of Fools - 2011
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Christophe Mercier
Paris : Rivages, mai 2017
554 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-7436-4000-2
Coll. "Thriller"

La Folie a ses raisons que la Raison ignore

On connaît bien la saga principale de James Lee Burke avec Dave Robicheaux. Mais ce brave écrivain a commis d'autres ouvrages qui explorent eux aussi les univers sombres des personnages. Même si ce roman s'inscrit dans la série consacrée à Hackberry Holland, un shérif du Texas, et qui comporte pour l'heure trois romans dont le premier a été édité en... 1971 !, il va surtout se révéler être la description d'une galerie de personnages tous plus étranges les uns que les autres, un grand nombre ayant basculé du côté obscur de la Force. Du coup, Hackberry Holland se trouve même être en retrait de l'histoire. Nous allons suivre un prédicateur dont la passion ultime semble être de surveiller et de tirer sur les clandestins mexicains qui passent à sa portée. Mais à force de regarder la maison de sa voisine qui soutient les clandestins, ne risque-t-il pas de voir des choses qu'il ne devrait pas voir ? En tout cas, cela pourrait contrarier un homme politique local plus rapide à envoyer ses hommes de main qu'à voter les lois, les forces du FBI, un gangster russe et surtout un psychopathe à la James Lee Burke, mélange de rudesse et de grands élans poétiques, mais plus prompt à manier le coutelas que la plume.
Du coup, l'intrigue se sert d'un prétexte pour faire avancer l'histoire. Au milieu des clandestins se cacherait un scientifique qui travaille sur les drones chargés d'éliminer les terroristes islamistes. Chacun veut s'emparer de lui pour l'offrir, le vendre au plus offrant, qu'il s'agisse de faire exploser le scandale ou, au contraire, de l'empêcher d'être révélé. Mais ce n'est vraiment que le motif qu'utilisent les différents groupes violents qui traversent le roman et sèment la mort, la torture et l'humiliation. Le titre français reflète bien toute l'ambigüité du roman de James Lee Burke : sont-ils réellement fous ? Sont-ils des gens assoiffés de la fête perpétuelle, sadienne ou sadique, qu'ils peuvent déclencher ? Chaque pas d'un des tueurs de ce roman n'est qu'une plongée dans l'incompréhension. Certains ont l'air mystiques lorsqu'ils commettent leurs forfaits, d'autres totalement indifférents à ce qu'ils font. Toujours est-il que l'on assiste à une parodie de crucifixion, à des violences régulières, à des scènes à la limite du surréalisme comme ce tueur qui offre un masque à gaz à l'une de ses victimes car il veut l'enterrer vivante avec le masque comme seul contact avec l'extérieur.
La Fête des fous, c'est avant tout une fête, dans le sens d'une gabegie, d'une débauche, d'un monde où les fous ont pris le pouvoir (comme dans la nouvelle de Edgar Allan Poe, "Le Système du docteur Goudron et du professeur Plume"), et sont aussi rationnels que les sains d'esprit, où les scènes de destruction sont violentes mais sont surpassées par les scènes de dialogues, où la tension effleure à chaque mot encore plus nettement, où les tueurs soudain laissent partir leurs proies pour on ne sait quelle raison. Peut-être parce que le monde est fou, et que ce sont les fous qui mènent la danse ? Peut-être parce que c'est la déraison qui tire la planète par le bout du nez ? Peut-être est-ce pour cela que des tueurs se promènent avec une boîte contenant les restes de leurs enfants morts ? Que les religieux tirent sur les pauvres hères ?
Servi par une écriture qui décrit avec autant d'émotion le moment de tension, le dialogue amoureux ou cruel, ou les paysages désertiques entre Texas et Mexique, La Fête des fous fait se diluer des humains comme autant de silhouettes perdues au sein d'un univers qui le dépasse et les broie.

Citation

À l'étage, la Thompson se remit à mitrailler sans relâche, les balles cognant sourdement les murs à travers toute la maison, les douilles dansant sur les planchers, comme si Jack Collins avait déclaré la guerre à tout ce qui était à niveau, ou carré, ou d'aplomb, ou qui possédait la moindre intégrité géométrique.

Rédacteur: Laurent Greusard vendredi 23 juin 2017
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