D'ombres et de flammes

Books remarqua qu'il tenait son chapeau de la main gauche et gardait la droite libre, que son col le comprimait, que ses chaussures crissaient et, plus important encore, qu'il avait le souffle court face à ses responsabilités. Ce qui signifiait qu'il était suffisamment remonté pour effectuer le sacrifice civique suprême si nécessaire, ce qui le rendait imprévisible, ce qui le rendait dangereux.
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Roman - Noir

D'ombres et de flammes

Disparition - Rural MAJ mardi 03 janvier 2017

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Pierric Guittaut
Paris : Gallimard, mai 2016
302 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-07-014968-1
Coll. "Série noire"

Retour en Sologne

Face à un criminel repoussant, responsable de la mort de trois cyclistes, le gendarme Fabrice Remangeon craque et cogne. Sa hiérarchie profite de son coup de folie pour le mettre au placard : c'est le retour dans sa Sologne natale où il s'était juré de ne jamais revenir. Car cette terre porte bien des fantômes et, en tout premier lieu, celui de son père, le "sorcier" et rebouteux que l'on venait voir de loin — et dont il pourrait porter l'héritage, même s'il fait tout pour le rejeter. Et surtout, il y a Élise, sa femme, sa lumière, disparue dix ans plus tôt. Sa femme qu'il croit reconnaître en l'épouse du braconnier local, censée être venue d'Ukraine. Alors que les passions s'exacerbent, il y a également les magouilles des édiles locaux vivant du business de la chasse. Cherchant à retrouver Élise, le gendarme va peut-être surtout se retrouver lui-même...
Depuis le très bon La Fille de la pluie, Pierric Guittaut s'est fait le chantre d'un "polar rural", appellation qu'il revendique comme jadis Jacques Brel l'avait fait de sa "belgitude". Trois ans se sont écoulés depuis ce précédent roman, et l'écriture de l'auteur, toujours aussi soignée, s'est affûtée : à part peut-être des scènes érotiques maladroites (mais l'exercice est difficile), bien des auteurs de "blanche" pourraient en prendre de la graine ! Car si on passe sur un point de départ extrêmement banal (le policier dénigré par sa hiérarchie après un acte de violence et envoyé sur une voie de garage) qui n'est que prétexte, on se situe une fois de plus sur la ligne entre littérature "noire" et "blanche" à travers ce qui est un mélodrame rural à la Émile Zola (référence incontournable pour l'auteur), mais où vient se mêler un jeu subtil avec les superstitions et les légendes qui semble plutôt tiré d'un Claude Seignolle. De belles références pour ce texte extrêmement riche vu sa relative brévité (surtout à notre époque de pavés s'effondrant sous leur propre poids) dont la fin positive, loin d'être forcée, découle de tout ce qui l'a précédé jusqu'à un épilogue poétique d'une grande beauté. Espérons qu'il ne faudra pas attendre trois ans le prochain roman...

Citation

La solitude d'un adulte n'est pas que la somme du manque d'une chaleur au quotidien, d'une présence autre, d'un interlocuteur, d'un corps auquel se frotter, c'est aussi, surtout, le rétrécissement progressif d'un univers mental. Seul, la pensée s'étrique. Les jours sont moins longs, les années plus rapides et répétitives et l'on marche aigri et semi-conscient vers sa tombe dans un crépuscule généralisé.

Rédacteur: Thomas Bauduret mardi 03 janvier 2017
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