La Liste Héraclès

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mardi 28 mars

Contenu

Roman - Policier

La Liste Héraclès

Historique - Corruption - Complot MAJ mercredi 15 juin 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 13,9 €

Gilles Schlesser
Paris : Parigramme, février 2016
286 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-84096-983-9

Les 2 G

Jeudi 28 décembre 1933. Saint-Germain-des-Prés. Un quartier crasseux. Gardel déjeune avec le commissaire divisionnaire Guillaume. Deux légendes vivantes du quai des Orfèvres. Guillaume, presque dandy. La bande à Bonnot, c'est lui. Idem Violette Nozière. Gardel, quant à lui, a résolu l'affaire du tueur surréaliste de 1925. Pétain est maréchal, Louis Lépine vient de mourir. La police mobile a traqué ses motos Blériot pour des Harley. Prévert dîne à une table d'eux. Ils évoquent une affaire à reprendre : Oscar Dufrenne, directeur du Palace, tué dans son bureau de dix-sept coups de queues de billard. Conseiller municipal du Xe, homosexuel notoire. Et... l'Affaire Stavisky. L'escroquerie monumentale. Des ministres mouillés, des députés compromis, des magistrats corrompus, la police prise la main dans le sac... Mais Stavisky s'est volatilisé. Le Palais serre les fesses. On cause franc-maçonnerie, juiverie internationale. Sauf Guillaume et Gardel, qui gardent toute leur tête. Guillaume et Gardel, ceux-là mêmes qui ont servi de modèles à Maigret. On cause surtout de l'assassinat de ce journaliste de L'Impartial. Du délicat là encore : le rédacteur en chef et directeur de la publication L'Impartial avait tenté désespérément d'alerter l'opinion publique sur Stavisky. Il était sur le point de publier une liste de noms compromis par l'Affaire.
L'enquête nous entraîne dans les méandres de la politique française de l'entre-deux-guerres. Décryptage passionnant des systèmes de corruption et d'intimidation. On s'y retrouverait presque : la République fonctionne aujourd'hui encore sur ces mêmes modèles véreux. Évidemment, la liste Héraclès, celle du journaliste de L'Impartial, est introuvable. Cela dit, nos enquêteurs ne négligent aucune piste : il venait de déshériter sa femme, qui est peut-être commanditaire du meurtre. Gardel, à force de pénétration, finit par mettre la main sur la liste. Du beau monde en effet : tous ses supérieurs de la police sont compromis. Le préfet Chiappe aussi, qui le met en garde. Toute l'atmosphère de l'époque nous est restituée. L'extrême droite, les surréalistes, André Breton qui monte au créneau de la liberté d'expression quand le film de Luis Buñuel se voit interdit par le préfet... Le décalque de notre époque... L'année finit, 1934 déboule avec sa grosse artillerie fasciste. Avec cette obscénité de l'argent facile de la finance qui coule à flot dans une société presque aussi inégalitaire que la nôtre. Le sang va couler, les émeutes succéder aux complots de la Droite nationaliste. Partout le pays est secoué de révolte et des hoquets du désir de violence, tandis que Stavisky se suicide. Ou est suicidé. Peu importe. Le juge en charge de l'affaire du journaliste assassiné, pour ne pas en rajouter en scandale, veut écarter la piste politique. L'occasion de pages superbes contre cette domination scandaleuse qui traverse déjà la République française. Au-delà, le roman est bourré d'intertextualité. C'est Georges Simenon par exemple traversant l'ouvrage, devenu un personnage campé sous des airs peu flatteurs, vaniteux, parvenu, obséquieux. En accord avec l'époque finalement, au creux de laquelle la République tente pitoyablement de sauver ses meubles. Les personnages sont d'un bout à l'autre superbement construits, éclairés par la situation plus que par des descriptions fastidieuses, et au passage, l'auteur nous offre une magnifique déambulation dans les rues du Paris de l'entre-deux-guerres !

Citation

Il n'y a plus de politique, il n'y a désormais que des politiciens.

Rédacteur: Joël Jégouzo lundi 13 juin 2016
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