Daddy Love

Le juron qu'il pousse ferait saigner le tympan d'un charretier ivre. Aussi, lorsqu'il se retrouve en équilibre stable sur le ponton, l'hydraviateur laisse-t-il tomber d'un ton cinglant : – Si toutes les bonnes femmes se comportent comme des julots, moi je vais finir par embroquer des vaches !
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mercredi 19 septembre

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Roman - Noir

Daddy Love

Psychologique - Tueur en série - Enlèvement MAJ mardi 03 mai 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Joyce Carol Oates
Daddy Love - 2013
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Claude Seban
Paris : Philippe Rey, avril 2016
270 p. ; 22 x 15 cm
ISBN 978-2-84876-510-5

Noires prédications

Le thème est devenu, malheureusement, quasiment un genre classique des littératures policières : un homme enlève des enfants dont il va abuser durant des années, recréant même une sorte de dépendance. Avec Daddy Love, on retrouve un personnage que l'on adore haïr en la personne d'un prédicateur qui kidnappe le petit Robbie. Entre sévices sexuels, tortures physiques et mentales, il parvient à façonner l'enfant avant de l'abandonner lorsque ce dernier devient "grand". En parallèle, nous allons suivre la trajectoire des parents qui attendent pendant des années leur enfant. Sur ce schéma "traditionnel", Joyce Carol Oates nous livre son style habituel. Elle ne juge jamais, et se contente de décrire les êtres et les événements. Évidemment, elle donne des indices sur ses propres pensées et ce n'est sans doute pas un hasard si son personnage de pédophile est un prédicateur, pasteur itinérant de l'Église de l'espoir impérissable, mais elle évite soigneusement de nous présenter des scènes trop explicites, ne voulant pas transformer son lecteur en voyeur aussi détestable que ceux qui agissent dans son livre. De même, elle nous montre une société rurale (au sein du village de Kittatinny Falls) qui ne tente pas de comprendre, qui se doute bien que les choses sont compliquées chez le Prédicateur mais bon, ce n'est pas chez nous. Et puis, il vend de jolis objets en macramé (fabriqués par Robbie devenu Gideon). Pour en revenir à Robbie, il a été kidnappé dans un centre commercial, a été laissé seul dans une gare routière, puis en pleine nature, autres exemples de lieux emblématiques du rêve américain. Sans grandiloquence, ni débouche de mots, l'auteur nous montre comment le ravisseur détruit la psyché de l'enfant, comment il en fait une chose qui finalement en vient à l'apprécier, à tel point que Robbie en grandissant devient inquiet de perdre cet amour, aussi pervers soit-il, mais qui est son cadre de référence. Chez Joyce Carol Oates, l'important dans l'histoire c'est le style et non l'intrigue (un lecteur de roman noirs avec rebondissements risquerait de ne pas y trouver son compte). C'est un regard, un certain regard au sein où ce terme est employé au festival de Cannes. Ainsi, au début du roman, pour bien nous montrer l'horreur de la scène (le kidnapping de Robbie), Joyce Carol Oates va y consacrer les quatre premiers chapitres. De fait, il s'agira du même événement mais vu de quatre points de vue légèrement différents, de quatre visions de la même action. Cela crée une sorte de transe hypnotique dans laquelle Joyce Carol Oates enserre le lecteur et qu'elle ne lâchera plus jusqu'au final.

Citation

Avec douceur le Prédicateur s'avançait au milieu de son troupeau d'âmes affamées. Sa bénédiction tombait sur elles comme une semence précieuse. Il les pénétrait du regard, connaissant leur solitude, et leur faim immense que seul un homme de la trempe du Prédicateur pouvait satisfaire.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 03 mai 2016
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