Et ils oublieront la colère

Le pauvre, même dans la mort, reste un paria.
Emmanuel Varle - Rédemption fatale
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

1994
Il est très symbolique que le troisième roman d'Adlène Meddi s'ouvre et se clôture par une scène ...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

lundi 19 novembre

Contenu

Roman - Policier

Et ils oublieront la colère

Vengeance - Guerre - Rural MAJ lundi 09 mai 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,5 €

Elsa Marpeau
Paris : Gallimard, janvier 2016
240 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-07-014813-4
Coll. "Série noire"

Éternel recommencement

Les décors sont aussi important que les êtres, et Elsa Marpeau en a bien conscience. Dans son nouveau roman, Et ils oublieront la colère, en guise de décors nous avons une ferme isolée, quelques bâtiments au bord d'un étang au sein desquels nous trouvons des gens durs à la tâche, vivant en quasi autarcie. Nous sommes en pleine Seconde Guerre mondiale en France et nous observons une famille qui survit déjà difficilement dont les différents membres se supportent les uns les autres. En ces années de guerre, ils doivent aussi composer avec un officier allemand qui séjourne là. Tout se complique encore quand l'une des filles de la maison tombe enceinte, sans aucun doute l'Allemand envahissant. Lorsqu'arrive 1944 et la Libération, la chasse aux collaborateurs commence et l'on se venge comme on peut de ces années de souffrance avec des représailles comme la tonte des femmes qui ont fricoté avec l'occupant. Malgré les péripéties de l'Histoire, les décors ne changent pas vraiment. De nos jours, certains des protagonistes vieillissant des années 1940 vivent encore là. La ferme isolée est toujours le lieu de vie d'une famille où la chasse occupe le centre des activités. Mais la pauvreté est arrivée et, pour subvenir aux besoins, une partie de la propriété, un corps de ferme qui appartenait à un des membres de la famille, a été vendu à un professeur d'histoire. Ce dernier cherche d'ailleurs à écrire une thèse d'histoire autour des femmes tondues. Alors, pourquoi est-il retrouvé mort, abattu au fusil de chasse, au bord de l'étang ? Plus personne ne veut entendre parler de ces vieilles histoires, et ce n'est sans doute pas un hasard si l'un des enfants du paysan a tenu des propos négationnistes devant le jeune professeur.
La vérité c'est un peu comme les oignons. Une couche en cache une autre. Ici, deux gendarmes tentent de découvrir un assassin dans un fouillis de contradictions de mensonges, de vérités cachées depuis des années avec en filigrane une simple question : la fille de la maison qui a été tondue à la Libération est-elle partie à cause de la honte ou est-elle enterrée quelque part dans la propriété, tuée par les "résistants de la dernière heure", mais mise à l'écart pour ne pas gâcher les relations de voisinage ? À cette question s'ajoute une énigme lorsque l'on déterre le corps d'un homme dans la propriété. Qui cela peut-il bienêtre ?
Le style d'Elsa Marpeau, qui sait alterner des plages d'actions, des portraits fins et des descriptions vivantes de lieux, renforce l'intrigue romanesque. La description d'une France profonde, taiseuse, où l'on parle plus facilement avec son fusil qu'en libérant la parole, où le maire mijote des coups en douce mais risque de voir la chevrotine traverser son bureau, est assez classique, mais finalement est-elle si fausse que cela ? Les relations entre les policiers chargés de l'enquête, leur lente progression vers la vérité, aussi touffue que les bosquets qui enserrent les propriétés, créent un contrepoint humain à une intrigue rude, qui oscille entre un professeur d'histoire obnubilé par son sujet, des vieux qui meurent lentement dans les maisons de retraite, et des familles qui font front commun contre le reste du monde. "Aéré" par des allers-retours entre les années de guerre et aujourd'hui, Et ils oublieront la colère dresse un portrait âpre mais réaliste d'une campagne où la modernité ne semble pas avoir de prise, où le temps colle comme de la glaise aux personnages, où les pulsions humaines, sordides et magnifiques, reviennent sans cesse, où l'Homme n'apprend rien mais ressasse et commet sans arrêt les mêmes erreurs.

Nominations :
Prix Interpol'Art "Roman" 2015

Citation

Garance Calderon reste un instant immobile devant cette ligne invisible entre la mort et le paysage. Puis, elle la franchit.

Rédacteur: Laurent Greusard jeudi 28 avril 2016
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page