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jeudi 20 septembre

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Roman - Policier

Lumière du monde

Ethnologique - Tueur en série - Corruption MAJ mardi 02 février 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22,5 €

James Lee Burke
Light of the World - 2013
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Christophe Mercier
Paris : Rivages, janvier 2016
668 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-7436-3484-1
Coll. "Thriller"

Lueur dans la nuit noire

Tout ceux qui connaissent, et plus encore encore ceux qui suivent avec attention le romancier américain James Lee Burke, auront l'impression de replonger dans un univers balisé et connu, de marcher sur des chemins déjà plusieurs parcourus. En effet, dans les grandes lignes, les deux "policiers" de James Lee de Burke, Dave Robicheaux et Clete Purcel sont en balade dans le Montana, et ont emmené avec eux leurs deux filles dans ce dernier opus en date. Mais une suite d'accrochages avec la police locale, corrompue et aux ordres, plus ou moins, d'un richissime parvenu, et la présence d'un ou de plusieurs tueurs en série particulièrement vicieux va amener le trouble. Bien entendu, le grossium local est aussi un homme hanté par la famille, par la dégénérescence de son sang, perturbé par un fils incapable mais sadique et une belle-fille qui se réconforte dans les bras de n'importe quel mâle qui passe... Et, bien sûr, Clete Purcel, réputé pour penser plus souvent avec ses hormones qu'avec son cerveau, va éprouver de tendres penchants pour cette femme.
La fille de Dave Robicheaux, Alafair, ouvre le roman : alors qu'elle se promène en montagne, quelqu'un lui tire une flèche dessus, ce qui ne peut qu'exaspérer son père (et on le comprend). Elle est inquiète car de plus en plus d'indices semble lui montrer qu'un tueur en série, qu'elle avait essayé d'interviewer et qui est censé être mort, se trouve bien dans les parages. En même temps, Gretchen, la fille de Clete Purcel, qui veut devenir cinéaste, effectue des repérages pour un documentaire mais certains s'inquiètent du le sujet de son reportage et tentent de la tuer. De là à imaginer qu'il y a un rapport avec les affaires louches du potentat local...
Comme souvent chez James Lee Burke, la violence est diffuse avant d'éclater. Notons simplement l'utilisation nouvelle d'un piège à loups. Elle se manifeste par des signes perturbateurs : ici, une grotte dans laquelle un tueur a gravé des phrases bibliques que Dave Robicheaux ne peut même pas effacer. Là, une odeur persistante et nauséabonde, qui contamine les lieux. Si l'auteur conserve certains de ses fondamentaux - une violence, diffuse, qui gangrène le paysage ; des personnages à fleur de peau, hantés par le Mal qui parcourt le monde, quasiment de manière métaphysique ; un final où toute la violence contenue explose (même avec un feu d'artifice en fonds sonore) -, il sait cependant toujours captiver le lecteur. Le mélange entre un froid réalisme et des envolées lyriques sur la spiritualité (la lutte du Bien et du Mal) et sur les paysages. Des descriptions fines de ses personnages : les principaux comme des figures de second plan. La belle-fille qui se révèle être une figure digne d'un roman de Fedor Dostoïevski, un écrivain, une indienne, un cow-boy participant à des rodéos... En arrière plan, sans que soient décrites ses actions sanglantes, le tueur en série fait peser, grâce au style de James Lee Burke, une pesanteur et une menace constante sur l'intrigue.
Lumière du monde possède aussi une forme de renouvellement, suffisante pour que, même en terrain connu, le lecteur découvre un peu de surprise et de plaisir de lecture toujours aussi intense. Peu à peu, les personnages centraux s'effacent pour laisser vivre les autres personnages - les deux filles des héros acquièrent de l'importance et le récit qui se fait plus choral, en s'ouvrant aux différents protagonistes, renforce encore la construction du récit, d'un auteur qui sait rester fidèle tout en offrant l'oxygène de la nouveauté pour nous offrir encore un excellent roman.

Citation

La rage, la soif de sang et les trous noirs alcooliques devinrent la seule forme de sérénité que je connusse [...] Je suis resté nombre d'années imbibé : j'ai obtenu un diplôme en auto-immolation et un doctorat en psychose chimiquement induite.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 02 février 2016
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