Babayaga

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Contenu

Roman - Espionnage

Babayaga

Humoristique - Ésotérique - Assassinat MAJ vendredi 02 octobre 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23 €

Toby Barlow
Babayaga - 2013
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Aronson, Emmanuelle Aronson
Paris : Grasset, septembre 2015
464 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-246-81101-5
Coll. "Roman"

Une séduisante histoire menée tambour battant

La Babayaga est un célèbre personnage des légendes slaves, des contes russes et polonais. Elle est décrite comme une vieille sorcière, mais apparaît, dans certains récits, comme une belle et jeune femme. Les Babayaga de Toby Barlow viennent de Russie. Elles en sont parties à cinq, il y a longtemps. Le voyage a été si long et si périlleux que seules Elga et Zoya ont atteint Paris. À Paris, en 1959, Zoya joue de ses charmes. Elle est entretenue par Léon Vallet, mais décide de s'en débarrasser avant qu'il ait des doutes sur sa véritable personnalité. Le sort, mal maîtrisé, le tue en le suspendant au crochet d'un portique dans une rue parisienne... un crochet tourné vers le bas. Cette anomalie attire l'attention de l'inspecteur Vidot qui apprend bien vite que le défunt louait un appartement tout près. Vidot aime le mystère. Il cherche des indices sachant que les poubelles sont souvent très bavardes. Dedans, il trouve deux boulettes de chouette. Il remarque également qu'une pendule en argent manque sur la cheminée. Cette pendule, Zoya l'a apportée à Elga comme cadeau. Mais, la sorcière la trouve laide et la propose à un antiquaire. Celui-ci pense à un vol en voyant cette vieille femme et prévient la police. Vidot et son adjoint la guettent et la suivent chez elle. Celle-ci prend peur et déclenche un charme qui transforme les deux policiers en... puces. Parallèlement, Will Van Wyck, un jeune publicitaire américain, travaille sans le savoir pour la CIA. Lors d'une conversation anodine, dans un cocktail, il enclenche un processus qui le plonge dans l'univers de l'espionnage. Zoya et lui se rencontrent dans le métro et les quelques banalités qu'ils échangent vont changer leurs destins. Lui, s'empêtre dans un imbroglio et devient la proie de la jolie Babayaga, un enjeu sur l'échiquier du renseignement...

Le roman d'espionnage a eu son heure de gloire quand la Guerre Froide battait son plein. Les plus anciens lecteurs se souviendront de ces véritables murs de romans édités par le Fleuve Noir, les Presses de la Cité... Les tirages de ces "romans de gare" feraient, aujourd'hui, nombre d'auteurs heureux. Si, actuellement, ce genre littéraire est devenu marginal, il perdure toutefois avec un éclairage différent, mêlant les genres, dévoyant les concepts. C'est le cas avec le présent roman où Toby Barlow conjugue une enquête policière classique, les manigances tortueuses du monde de l'espionnage, des éléments du folklore slave, une pointe de magie et des histoires sentimentales, le tout dans une débauche de situations loufoques servies par un humour débridé.
Il met, ainsi, en scène un inspecteur de la PJ dont il bouscule le quotidien avec un sort jeté par une sorcière russe. Par ricochet, sa hiérarchie directe est impliquée alors qu'elle ne le souhaitait pas. Il fait de ce policier un féru de mystère qui, même changé en puce, continue son enquête avec opiniâtreté, avec les moyens dont il dispose, utilisant, par exemple, des chiens, des rats pour se déplacer.
Avec Will Van Wyck il crée un personnage lunaire qui se retrouve dans une situation dont il ne comprend rien, devenant la proie d'une très jolie sorcière et de très vilains voyous travaillant pour la CIA. Il donne, de cette agence, une image piteuse, la présentant comme une structure administrative qu'il faut nourrir, peu importe l'intérêt du renseignement.
Toby Barlow brosse une série de portraits approfondis, tant dans leur profil que dans leurs réactions, multipliant les réflexions sur les sentiments, les émotions, les liens sociaux et les attitudes des individus. Il fait montre d'une belle connaissance de l'histoire de la France à la fin des années 1950 mettant en scène un Maurice Papon, ancien collaborateur de Vichy devenu Préfet de Police, évoque le faux attentat sur la personne du sénateur François Mitterrand...
Si l'action met un peu de temps à s'installer avec la présentation détaillée des principaux protagonistes, elle devient omniprésente. L'humour, dans tous ses registres, est présent dès les premières lignes et donne à ce récit une tonalité particulière. On est confronté à une fable délirante, navigant entre les meilleurs classiques de la littérature et des "cartoons" déjantés. Avec Babayaga, on a l'assurance de passer un excellent moment de lecture.

Citation

Comment pouvait-on confondre le monde de cape et d'épée de la CIA avec quelques types qui pondent des slogans accrocheurs pour des laxatifs et des céréales ?

Rédacteur: Serge Perraud mercredi 30 septembre 2015
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