Le Plus jeune fils de Dieu

Le visage du brigadier blanchit encore un peu plus pour prendre une teinte cadavérique. Revel l'ignora et contourna le bâtiment sur la droite.
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Roman - Thriller

Le Plus jeune fils de Dieu

Humoristique - Religieux - Ésotérique - Enquête littéraire MAJ lundi 16 mars 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23 €

Carlos Salem
En el cielo no hay cerveza - 2012
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Amandine Py
Arles : Actes Sud, février 2015
408 p. ; 24 x 15 cm
ISBN 978-2-330-03899-1
Coll. "Actes Noirs"

Bible story, saison 1

Nous n'étions pas au courant mais si Dieu a eu un fils, bien connu dans le monde occidental comme se surnommant Jésus, peu de gens sont au courant qu'il en a eu un second, Dieu junior, perturbé par la carrière fascinante de son grand frère. Élevé par une mère qui a divorcé pour se mettre en ménage avec George S. Atan, Dieu junior tente de se faire un nom dans l'Espagne contemporaine. Mais lors d'un talk-show en direct, il pète les plombs et du coup disparait de la circulation. Quelques années plus tard, un mystérieux assassin commence à liquider dans d'atroces conditions les autres invités du talk-show, ceux qui se sont jadis opposé à lui. Dieu junior serait-il coupable ? Poe, son meilleur ami, cherche à le retrouver, à l'innocenter.
Du coup, le roman de l'Argentin - Espagnol, voire Madrilène d'adoption - Carlos Salem se déroule en deux parties qui s'alternent. D'un côté, l'intrigue actuel avec Poe, ses soucis (il écrit des romans qui pourraient trouver leur place entre ceux des collections de chez Harlequin et 50 nuances de Grey qui lui valent un immense succès mais lui souhaite demeurer anonyme) et son enquête, avec l'aide d'un policier et d'un détective envoyé par le Vatican. De l'autre, les souvenirs de Poe sur toute la carrière passée de Dieu junior - groupes de rock, gourou, vedettes de télé, tournées musicales chaotiques et surtout il se penche sur un aspect physique non négligeable de son anatomie : Dieu junior a un pénis lumineux qui redonne la foi à celles qui le voient... C'est ainsi quei que Dieu junior peut coucher avec avec des filles et leur redonner leur virginité l'acte à peine consommé. Plutôt pratique si ces même filles, redevenues vierges, n'entraient alors pas dans les ordres. La vie amoureuse n'a pas de prix mais quand même !
Le titre espagnol annonce qu'il n'y a pas de bière au ciel. Cette ironie parcourt tout le roman avec des descriptions de groupes rock ou punk dans des tournées improbables, avec une dénonciation certes gratuite mais nécessaire d'une célébrité aujourd'hui acquise à la télévision ou par des livres sulfureux et sans réel fondement (une partie du roman tourne autour d'un présentateur qui doit faire croire à son homosexualité car c'est plus "vendeur"), et surtout une utilisation parodique des événements développés dans la Bible ou chez les écrivains hard boiled - il ya un flic corrompu particulièrement bien dessiné. On a vraiment l'impression d'être dans l'atmosphère joyeuse, délirante, foisonnante et colorée des premiers films de Pedro Almodóvar, peuplés de créatures fantasmatiques dont on ne sait si elles sont hommes ou femmes, de drogue et d'alcool qui coulent à flots, de mélange entre une grande naïveté et les pires perversions.
Rapide, constamment relancée par des rebondissements, jouant avec intelligence des deux histoires, présente et passée, satirique (les personnages sont montrés dans leur petitesse et leurs défauts en quelques traits voltairiens), l'intrigue laisse même penser que, finalement, Dieu junior n'invente pas grand-chose, qu'il est peut-être réellement ce qu'il prétend être mais que cela ne l'empêche pas de se comporter de manière extrêmement ridicule. Un ridicule qui, malheureusement, ne tue plus, mais permet de briller comme une star éphémère.


On en parle : Lire n°434

Citation

Il y a trois ans, quand j'ai commencé à écrire ces romans débiles comme pour me moquer d'un genre que j'avais en horreur, j'étais loin d'imaginer que le succès serait au rendez-vous, que ces livres feraient fureur et que la critique elle-même les prendrait au sérieux.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 16 mars 2015
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