Avaler du sable

Les chevaux (pour l'écartèlement de Damien ndlr) ont donné un coup de collier, tirant chacun un membre en droiture, chaque cheval tenu par un exécuteur. Un quart d'heure après, même cérémonie, et enfin, après plusieurs reprises, on a été obligé de faire tirer les chevaux, surtout ceux des bras droits à la tête, ceux des cuisses se retournant du côté des bras, ce qui lui a rompu les membres aux jointures. Ce tiraillement a été répété nombre de fois sans réussite ; il levait la tête et se regardait.
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Roman - Western

Avaler du sable

Vengeance - Horreur-gore - Apocalyptique MAJ jeudi 05 février 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 15 €

Antônio Xerxenesky
Areia nos dentes - 2010
Traduit du portugais (Brésil) par Mélanie Fusaro
Paris : Asphalte, février 2015
174 p. ; illustrations en noir & blanc ; 18 x 13 cm
ISBN 978-2-918767-45-9
Coll. "Fictions"

Western apocalyptique

Il n'est pas tant question d'avaler du sable dans ce roman très peu qualifiable, que d'avaler des serpents à sonnette (l'équivalent de la couleuvre en plein Midwest). Le Brésilien Antônio Xerxenesky en à peine cent soixante-quinze pages propose un récit très concentré dans lequel l'écrivain et le narrateur tentent avant tout de tuer leur père. Mais ce franchissement de frontières poreuses - le premier qui dit métalepse narrative me poussera à dégainer mon colt - est également présent s'il faut donner un genre au roman. C'est sans nul doute un western puisqu'il se déroule dans la petite ville américaine de Mavrak au XIXe siècle, et qu'il voit s'opposer deux familles, les Marlowe et les Ramirez, autrement dit le whisky et la tequila. Mais c'est aussi un roman horrifique avec des zombies qui vont venir y aller de leur destruction massive. Si le zombie a le vent en poupe actuellement, il est rare de le voir débouler dans une histoire à cause d'un shaman indien en plein Far West. C'est ici le cas qui découle de la mort de Martín Ramirez alors qu'il avait tenté d'en savoir un peu plus sur ce qui se passait dans la cave des Marlowe au tout début du roman. Retrouvé mort en pleine ruelle d'une balle dans l'estomac - synonyme d'un décès lent et douloureux -, le jeune Martín va à son corps défendant déclencher un véritable massacre. Antônio Xerxenesky déroule une intrigue linéaire sur fond de suspicion matinée d'un amour à la Roméo et Juliette. Si les deux familles ont très peu à voir avec les Montaigu et les Capulet, la haine qui les éloigne en est très proche. La suspicion arrive quand débarque en pleine ville le shérif Thornton suite à la dénonciation anonyme du crime inaugural. À partir de ce moment, la haine cimente l'intrigue, et l'écrivain par ses intrusions tente de la fendiller. Il n'épargne rien, ni son lecteur, ni son ordinateur, et multiplie les effets de style en même temps qu'il nous fait comprendre ses errements. Le roman gagne en sueur, en sang, en sperme et en sable et, lors d'un final haletant, nous prend à contre-pied. Voilà une lecture très agréable, croquante à souhaits accompagnée de jolis portraits. Il n'y a pas de héros, seulement des humains qui fuient, et qui sans aucun doute partent dans la mauvaise direction. En bon romancier caustique, Antônio Xerxenesky a écrit un ouvrage sceptique, apocalyptique et foutraque.

Citation

Thornton baissa son chapeau et cacha son visage dans l'obscurité. Certains disent qu'il s'endormit à l'instant même, d'un sommeil tranquille qui ne vient qu'à ceux qui ne traînent pas de fantômes dans leur conscience.

Rédacteur: Julien Védrenne jeudi 05 février 2015
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