La Promesse de minuit

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mardi 18 septembre

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Nouvelle - Policier

La Promesse de minuit

Hard boiled MAJ lundi 01 décembre 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20,8 €

Zane Lovitt
The Midnight Promise - 2012
Traduit de l'anglais (Australie) par Bernard Turle
Paris : Mercure de France, octobre 2014
316 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-7152-3509-0
Coll. "Mercure noir"

Promesse d'homme sobre

Malgré ses dimensions continentales, l'Australie est une terra incognita du monde du polar. Quelques figures bien sûr émergent, dont celles de Peter Corris ou de Peter Temple, mais dans l'ensemble, cela reste une destination bien lointaine, où Hervé Claude a fait son nid avec quelques polars savoureux et où Douglas Kennedy a situé Culd-de-sac, son piège nuptial.
Voici donc une surprise avec un auteur australien inconnu et, qui plus est, nous présente un recueil de nouvelles. Disons, plutôt, dix textes indépendants qui sont autant de polaroids noirs sur la vie et la descente aux enfers d'un détective que l'on pourrait qualifier de "normal".
John Dorn est-il d'ailleurs normal ? Privé fauché, travaillant au coup par coup pour des avocats, sa femme l'a quitté alors il noie son désespoir dans l'alcool et regarde une boite de conserve se remplir lentement de l'eau qui fuit depuis le toit jusqu'au plancher de son appartement. Jusque-là, que du banal, mais John Dorn est de la vraie étoffe des Philip Marlowe : il croit en la vertu de la justice ! Mauvaise idée dans notre monde, ne serait-ce que par rapport à l'autre détective privé présent dans le recueil et qui vend les informations aux plus offrants et se livre à une course poursuite à travers les zones désertiques de l'Australie pour retrouver un témoin éventuel.
Plus les aventures qu'il traverse se dirigent vers le plus sordide, plus John Dorn croit en son métier. Si dans les premiers textes, il atteint quand même la vérité et découvre les coupables, c'est pour s'apercevoir que la justice préfère emprisonner un innocent qui a avoué, ne serait-ce que pour des questions de coût administratifs. À mesure que l'histoire avance, les nuits sont épaisses, les coups pris sont durs à encaisser jusqu'à un final qui, sans déflorer, s'apparente plus à une parabole christique doloriste qu'à l'apothéose victorieuse de la Justice pourchassant le Crime.
Les dix textes permettent, à travers les enquêtes quotidiennes, de présenter une vue en coupe de la société australienne : petites frappes, délaissés du rêve capitaliste, immigrés remplis d'espoir, cadres dynamiques et leurs splendides épouses, vedettes... Toute une civilisation proche de l'Amérique provinciale.
Même si le personnage est à la limite du stéréotype - rongé par le doute, supportant le monde grâce à l'alcool, preux chevalier -, il n'est pas une caricature et possède quelques éléments bien personnels comme un sens de la démesure, une hésitation entre le plaisir et la répulsion de la chute, et une volonté de soutenir le faible et l'innocent. Dans les dernières pages du recueil, Zane Lovitt nous donne à voir, avec force, un passage à tabac en règle ou la tentative de sauver un jeune homme bien mal en point comme pour accentuer ce côté christique du privé, comme si, même de l'autre côté du monde, sur une terre lointaine, les notions de justice et d'humanité restaient une valeur, une cause commune avec nous.

NdR - Le recueil comporte les nouvelles suivantes : "Amnistie", "Un boulot très ordinaire", "Kaharaman" (parue dans The One That Got Away, Dark Prints Press, 2012), "Comedy est mort", "Sombre journée", "Mort à La Cabane" (parue dans The Ellery Queen Mystery Magazine, février 2012), "La Technique Chialebébé", "La Maison de la mamie", "En quittant La Cascade" (Prix de la nouvelle S. D. Harvey, lors de l'édition 2010 des Ned Kelly Awards du roman noir australien, parue dans New Australian Stories, Scribe Publications, 2010) & "Troy".

Citation

Mais, sur le vif, on pense que c'est simplement la routine, la vie, quoi, on pense que c'est une journée banale, normale. On ne reconnait les hauts qu'une fois qu'on a connu les bas.

Rédacteur: Laurent Greusard vendredi 28 novembre 2014
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