Une terre pas si sainte

Critique tout ce que tu voudras : le gouvernement, le climat, l'état des routes, le manque de cinémas, le goudron sur la plage, la laideur de la ville, mais par contre, ah, ça non : t'avise pas de critiquer leur bouffe.
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Roman - Thriller

Une terre pas si sainte

Géopolitique - Drogue - Terrorisme MAJ jeudi 13 novembre 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18,5 €

Pierre Pouchairet
Paris : Jigal, septembre 2014
296 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 979-10-92016-26-0
Coll. "Polar"

Aller simple pour le paradis

Dans le temps les choses étaient simples car il y avait des frontières, et chaque peuple vivait à l'intérieur tout en se méfiait des autres. Et la règle médiévale s'appliquait : religion du roi, religion du peuple. De nos jours, les choses sont bien plus compliquées, et celles présentées dans ce roman de Pierre Pouchairet achèveront de vous convaincre. Des Français, émigrés en Israël, sont assassinés dans une colonie installée en territoire palestinien. Qui des policiers israéliens, palestiniens ou de Tsahal doit s'occuper de l'affaire ? Sur place, on trouve un compromis en envoyant un policier d'origine juive pour aider les enquêteurs.
Nous sommes dans le monde moderne aussi l'enquête va-t-elle rapidement avoir des ramifications internationales : on croise des Russes, des Chinois, des Français. Peu à peu, se reconstitue un groupe de trois policiers qui se sont connus autrefois, comme stagiaires en France, et qui travaillent aujourd'hui pour trois entités étatiques différentes - France, Israël et Palestine. Derrière les provocations des uns et des autres, derrière les barricades physiques, se cachent des barrières psychologiques. Pierre Pouchairet décrit avec soin la façon dont se mène l'enquête. Si les victimes sont des juifs, les coupables sont forcément des Palestiniens. Il suffit d'en arrêter quelques uns et ils parleront. Du côté des Palestiniens, même innocents, il vaut mieux s'avouer coupable : on y gagne des heures de torture et on passe pour un martyr ce qui fait classe.
En une suite de chapitres descriptifs forts, où les informations passent avec soin à travers l'intrigue, l'auteur montre combien la situation dans les territoires occupés ne peut évoluer. Chaque pas d'un camp est interprété, disséqué, contredit par un geste de l'autre. À un moment donné, les policiers peuvent suivre un suspect, mais ils doivent alors "s'amuser" à s'arrêter de temps en temps pour changer les plaques d'immatriculation afin de passer d'une zone contrôlée par un État à une autre. Pierre Pouchairet ne cache rien, montrant par exemple chez les Palestiniens les dissensions entre ceux qui occupent des places de choix, ceux qui ont donné du temps pour la lutte armée et sont aujourd'hui mal récompensés de leurs efforts et les nouvelles générations dont le but ultime est d'aller s'éclater en boite de nuit. Avec dans le roman en trame de fond cette question essentielle : comment trouver un peu d'espoir lorsque finalement les gens de pouvoir et les criminels sont des alliés objectifs ?
Derrière ces meurtres, se profile un trafic international de drogues. Tout part d'ailleurs des essais liés à une nouvelle production d'amphétamines dont le dosage n'est pas encore parfait : des clients disjonctent et ont des comportements violents, voire mortels pour leur entourage. Cette drogue n'est que le reflet à la fois du monde de plus en plus étrange, violent et paranoïaque dans lequel nous vivons, un monde où les extrémistes de tous poils sont capables de s'entendre sur le dos des autres, où les alliances contre nature (genre pacte germano-soviétique de 1939) se mettent en place car l'avidité et la soif de pouvoir sont sans doute les dernières "valeurs saintes" que l'homme a en partage.

Citation

L'un d'eux avait même dit qu'il n'y était pour rien et que, s'il avait reconnu les meurtres, c'était uniquement pour que sa famille soit prise en charge par le Hamas.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 11 novembre 2014
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