Moi, assassin

Dans la cour du château de Versailles, rigolards, avec des cheveux qui nous léchaient les vestes trappeur, les moumoutes, les cabans. De vraies gueules de cons, sur deux rangs, comme une équipe de foot de quatrième division. On était là, tous, vivants.
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mardi 11 décembre

Contenu

Bande dessinée - Thriller

Moi, assassin

Politique - Tueur en série - Artistique MAJ vendredi 17 octobre 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Public averti

Prix: 19,9 €

Antonio Altarriba (scénario), Keko (dessin)
Traduit de l'espagnol par Alexandra Carrasco-Rahal
Paris : Denoël, septembre 2014
136 p. ; illustrations en couleur ; 28 x 22 cm
ISBN 978-2-207-11688-3
Coll. "Graphic"

Actualités

  • 12/06 Prix littéraire: Sélections 2015 des Trophées 813
    Si l'on se réfère à la lettre des adhérents de l'association "813 : les Amis des Littératures Policières" en date du 15 juin 2015, le premier tour du scrutin des "Trophées" a vu la participation de cent onze membres qui ont ainsi plébiscité 102 romans francophones, 123 romans étrangers, 53 bandes dessinées et 36 propositions pour le Prix Maurice Renault. La tradition veut que les cinq ouvrages les plus sollicités dans chaque catégorie participent à une ultime sélection de départage. Cette année, le Prix Maurice Renault doit composer avec six propositions (dont trois blogs, ce qui ne manquera pas du susciter le débat lors de la prochaine assemblée générale car si l'on admet les publications électroniques donc interactives, se posera nécessairement la question du multimédia comme les radios) car deux cinquième ex æquo complètent la sélection, et c'est sûrement lui le plus à suivre. Les autres sélections, qui sont bien plus "usuelles" dans le paysage littéraire, ont en leur sein de nombreux ouvrages qui ont déjà été ou sélectionnés ou primés, et sont donc nettement plus classiques, mais non moins qualitatives. Les adhérents de 813 ont jusqu'au samedi 19 septembre 2015 pour déposer leurs votes. L'annonce des lauréats aura elle lieu le dimanche 4 octobre 2015 pendant le Festival du polar de Villeneuve lez Avignon.

    Sélection 2015 du "Trophée du roman francophone ou recueil de nouvelles" :
    - Grossir le ciel, de Franck Bouysse (La Manufacture de livres) ;
    - Après la guerre, de Hervé Le Corre (Rivages, "Thriller") ;
    - L'Ange gardien, de Jérôme Leroy (Gallimard, "Série noire") ;
    - Aux animaux la guerre, de Nicolas Mathieu (Actes Sud, "Actes noirs") ;
    - Des forêts et des âmes, de Éléna Piacentini (Au-delà du raisonnable).

    Sélection 2015 du "Trophée Michel Witta-roman étranger ou recueil de nouvelles étrangères" :
    - 911, de Shannon Burke (Sonatine) ;
    - L'Île du serment, de Peter May (Le Rouergue, "Rouergue noir") ;
    - Kobra, de Deon Meyer (Le Seuil, "Seuil policiers") ;
    - Hérétiques, de Leonardo Padura (Métailié) ;
    - Une terre d'ombre, de Ron Rash (Le Seuil, "Cadre vert").

    Sélection 2015 du "Trophée Maurice Renault" (essai, étude, article de presse, magazine, Internet...) :
    - Krimi : une anthologie du récit policier sous le Troisième Reich, textes choisis, présentés et traduits de l'allemand par Vincent Platini (Anacharsis, "Fictions") ;
    - Carnet de la Noir'Rôde ;
    - La Tête en noir ;
    - Blog Action-Suspense, de Claude Le Nocher ;
    - Blog Actu du noir, de Jean-Marc Laherrère ;
    - Blog Les Lectures de l'Oncle Paul, de Paul Maugendre.

    Sélection 2015 du "Trophée de la bande dessinée" :
    - Bonbons atomiques, d'Anthony Pastor (Actes Sud-L'An 2) ;
    - Maggy Garrisson. 1, Fais un sourire, Maggy, de Lewis Trondheim & Stéphane Oiry (Dupuis, "Grand public") ;
    - Moi, assassin, d'Antonio Altarriba & Keko (Denoël Graphic) ;
    - Parker. Fun Island, de Richard Stark & Darwyne Cooke (Dargaud) ;
    - Petites coupures à Shioguni, de Florent Chavouet (Philippe Picquier).
    Liens : Grossir le ciel |Après la guerre |Aux animaux la guerre |911 |Kobra |Bonbons atomiques |Parker : Fun Island |Des forêts et des âmes |L'Île du serment |Franck Bouysse |Hervé Le Corre |Éléna Piacentini |Jérôme Leroy |Peter May |Deon Meyer |Leonardo Padura |Ron Rash |Anthony Pastor |Richard Stark |Darwyn Cooke |813 |Carnet de la Noir'Rôde | La Tête en noir | Festival du polar de Villeneuve lez Avignon

  • 27/11 Prix littéraire: Les 20 meilleurs livres de 2014 selon Lire

Art de tuer

Enrique Rodríguez Ramírez est un universitaire et historien d'art basque qui tue pour passer le temps. Ses crimes, il les veut gratuits avec un modus operandi à chaque fois différent ce qui, affirme-t-il, ne fait pas de lui un tueur en série. Comme d'autres ont tout lu Kropotkine, lui a lu De Quincey et Sade, et il se considère comme un esthète qui peut agir impunément. S'il avait lu un peu plus de mauvais thrillers industrialisés et quelques bons romans criminels, il saurait qu'un grain de sable vient fatalement gripper un engrenage particulièrement bien huilé.

En guise de grain de sable, il va en avoir une petite poignée dans cette excellente bande dessinée en noir et blanc où est parfois jeté un rouge écarlate comme autant de gouttes de sang qui mènent infailliblement à l'assassin. C'est tout d'abord sa femme qui constate qu'ils vivent chacun de leur côté et que donc elle peut - doit - partir, quitter le foyer conjugal, et vivre de ses propres ailes et acquérir elle aussi une certaine renommée par sa relecture du conte Blanche-Neige. C'est ensuite l'une de ses étudiantes, qui est aussi sa maîtresse, et qui voudrait bien mettre en œuvre avec lui ses convictions quant au crime artistique et qui, las de ses pulsions non apparentes ou de ses non pulsions qu'il prend un plaisir fataliste à mettre en avant, le quitte également mais parce qu'elle ne peut supporter un homme qui ne vit pas en adéquation avec ses idées. C'est enfin un collègue rival, qui a remarqué une certaine tâche de sang sur un costume, qui va se servir de lui pour l'incriminer dans un meurtre qu'il n'a pas commis, et le faire renvoyer de l'université où il travaille en supprimant les subventions allouées à son groupe de recherche "Art et cruauté" et à sa revue Tremula - le monde n'est pas seulement cruel, il est injuste et biaisé par les jeux politiciens que l'on retrouve dans tous les rouages administratifs.

C'est ainsi que tel Al Capone, emprisonné pour fraude fiscale à défaut de la preuve de ses nombreux autres crimes, Enrique Rodríguez Ramírez se retrouve sur la sellette avec des idées de vengeance plein la tête. Des idées de vengeance qui découlent principalement des années 1980 et de ces luttes idéologiques et politiques perpétrées ici et là, et surtout dans les milieux gauchistes, voire indépendantistes - l'université étant le lieu de ce genre de débats par excellence, surtout au pays Basque avec ses mouvements indépendantistes qui entendent bien instrumentaliser les moindres conflits d'intérêt.

Le scénario d'Antonio Altarriba nous plonge dans une bande dessinée bavarde où le jargon universitaire est roi, et où les grandes envolées côtoient la médiocrité égocentrique. L'ensemble est très plaisant et se lit avec une jubilation née du ton éminemment sarcastique, caustique et noir. À partir ce tout ça, Keko fait preuve à la fois d'une grande maitrise picturale (de nombreux tableaux sont d'ailleurs introduits dans le décor) et d'un sens artistique propre profond. Il utilise une méthode qui a fait ses preuves pour un dessin adulte (en cela qu'il y a deux-trois vignettes érotiques dont une fellation élevée au rang d'œuvre d'art) : un clair-obscur dans la lignée de celui de Will Eisner parsemé de rouge écarlate et où éclatent quelquefois des images qui nous font comprendre pourquoi il a été de l'aventure Métal hurlant.
C'est ainsi que le duo d'auteurs formé pour l'occasion nous offrent une bande dessiné de bonne facture qui oscille entre thriller esthétique et noir morose.

Illustration intérieure


Récompenses :
Grand Prix de la critique ACBD 2015

Citation

Gustavo Flores offrait un matériau de premier choix pour débuter dans la performance... Je ne pouvais pas le rater... À vrai dire je n'ai même pas réfléchi... Je me suis laisser guider par ses propres partis pris... Tout en y introduisant une variante... J'ai transformé son balancement frivole sur la toile en un athentique, radical et pu 'Bloddy Painting'...

Rédacteur: Julien Védrenne jeudi 17 novembre 2016
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