Les Deux mondes. 2, La Frontière

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Roman - Thriller

Les Deux mondes. 2, La Frontière

Mafia - Terrorisme - Scientifique MAJ vendredi 10 octobre 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Neil Stephenson
Reamde - 2011
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié
Paris : Sonatine, août 2014
624 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-35584-281-8

Pima vs. idéologies

Dans le premier volet, l'intrigue s'éclatait et comme dans une explosion les personnages voltigeaient en s'éloignant du point de départ de la déflagration, comme une mise en réseau. Mais l'histoire tient plus des principes modernes du bing bang - l'expansion infinie n'est pas possible et dans ce deuxième volet tous les protagonistes peu à peu convergent vers le même point, se rejoignent sur la frontière, sur la ligne plus ou moins imaginaire qui relie deux territoires et deux mondes.
Richard a créé un jeu mondial en ligne, avec les bénéfices de ses activités de passeur de drogue du Canada vers les États-Unis. Aujourd'hui, sa nièce Zula est tombée entre les mains d'un groupe jihadiste dirigé par Jones. Ce dernier est revenu au Canada et entend utiliser les compétences de l'oncle pour entrer clandestinement aux États-Unis. Ce Jones est poursuivi par une membre des services secrets britanniques. A elle se sont adjoints un Russe devenue son amant et un informaticien de génie qui s'était servi du jeu de Richard pour des opérations illégales.
Ce jeu de cache-cache entre les différents groupes culmine dans un long final qui pourrait presque ressembler à un jeu vidéo grandeur nature : différents groupes se pourchassent, se tirent dessus, dans les montagnes qui séparent les deux pays nord-américains. Mais Neil Stephenson n'est pas dupe et plutôt que de servir avec grandiloquence la destruction des méchants terroristes, il montre une lutte pénible, lente, laborieuse, où chacun laisse des plumes, comme une parabole de la guerre menée contre les groupes islamiques depuis des années : partir la fleur au fusil avec des technologies innovantes et supérieures, donc rendant forcément la victoire certaine, pour finir par s'embourber, perdre une jambe et laisser sa peau sur le terrain. L'auteur pousse même le symbole jusqu'à faire suivre les groupes par un puma qui prend son dû sur les humains vivants ou blessés, comme si, de toute façon, au bout du compte, la nature reprendrait ses droits sur les idéologies folles.
Le style sait jouer avec ces différents niveaux, rendant vivant des scènes tirées du jeu sur Internet, celles de joueurs en pleine inaction devant leurs écrans mais rendus avec soin dans leur côté geek, comme dans des descriptions de décor à couper le souffle ou des moments d'action vus à hauteur d'homme.
L'humour discret y est présent et sait jouer de petits effets, comme lorsqu'un terroriste né et vivant aux États-Unis explique qu'il a rejoint le jihad parce qu'un plan d'action qui peut se passer de powerpoint, c'est quand même plus intéressant ! Et l'ensemble des univers, virtuels ou réels, physiques ou mentaux, se complètent avec soin pour dresser un portrait clair, lisible et crédible de notre monde, là où l'on peut passer vingt-quatre heures par jour à jouer sur Internet pour le fun ou gagner sa vie ou chercher une communion avec la nature, là où les idéologies les plus rétrogrades (les survivalistes ou les jihadistes) utilisent les moyens les plus modernes pour ramener l'humanité à l'âge de pierre.
Les Deux mondes rend compte, avec un luxe de détails, de notre présent, de la façon dont il oscille entre légèreté et dégoût, entre envie et peur, en plus de mille deux cents pages qui se dévorent.

Citation

- On a tous un prix à payer et on n'a pas tous payé de la même manière, et ce prix n'a pas toujours été juste.
- Vous n'avez rien eu à payer, vous.

Rédacteur: Laurent Greusard vendredi 10 octobre 2014
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