Haïku

Les fourgons mortuaires me filaient toujours les jetons. Je passai devant à pas vifs, en retenant ma respiration, au cas où me parviendrait un relent de décomposition. Je savais qu'ils étaient méticuleusement nettoyés, mais je ne pouvais pas oublier leur cargaison habituelle, ni ce qui nous nous apprêtions à découvrir à l'intérieur de la maison. Il aurait été judicieux de me débarrasser de cette répugnance, vu que j'étais à peu près autant impliquée dans le business de la mort que n'importe quel entrepreneur de pompes funèbres. Mais au moins je n'étais pas forcée de toucher les cadavres.
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Contenu

Roman - Thriller

Haïku

Mafia - Assassinat - Artistique MAJ lundi 06 octobre 2014

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 18 €

Éric Calatraba
Fréjus : Sudarènes, août 2014
338 p. ; 21 x 15 cm
ISBN 978-2-918413-55-4

Forger les Armes de son Destin

Chaque jour apporte son lot de morts et de faits divers sanglants. Aujourd'hui, les faits divers et certains crimes sont même érigés en combats nationaux de libération, de résistance, d'idéologie... L'univers du roman policier a rendu compte de ces dérives glauques, individuelles ou collectives. Dans ce roman d'Éric Calatraba, ce rôle est joué par des mafias qui se livrent au trafic d'organes et n'hésitent pas à utiliser des donneurs qui ne sont ni volontaires ni morts, encore moins anesthésiés.
Comme dans une maison, il convient parfois d'aérer les pièces face à une telle masse d'informations nauséeuses. C'est sans doute pour cela que Raphaël Larcher, le policier qui doit enquêter dans ce roman, est un amateur de haïkus, d'opéras et qu'il peut se permettre de s'offrir un moment de détente chez un grand maître japonais pour s'initier à l'art martial ultime. Seule concession à la modernité : le goût des grosses cylindrées, même si l'on peut se demander si cette attraction n'est pas une lointaine réminiscence de la chevalerie, du héros solitaire défiant les éléments. Si ce policier est le plus à même de coincer l'assassin d'un mafieux russe du sud de la France, c'est sans doute parce que ce dernier tue au sabre, laisse des haïkus pour signer ses crimes et s'enfuit en moto, à tel point qu'on pourrait même se demander au début du roman s'il n'est pas chargé d'enquêter sur ses propres crimes...
L'intérêt principal de ce texte réside dans ce décalage : l'on sent bien que l'auteur maîtrise les passions de son héros (et de son assassin) et que les extraits d'opéra, les thèmes, les liaisons avec le monde des arts martiaux ou la création de haïkus ne sont pas des fioritures pour faire son intéressant mais s'intègrent bien dans l'intrigue. Ce premier roman publié intégralement ne révolutionne pas le genre. L'auteur s'inspire de figures imposées - le héros veuf qui doit élever sa fille, l'ami ancien militaire, le tueur qui veut venger sa famille, des méchants liés au monde politique et aux dictatures, et qui ne s'embarrassent d'aucun principe -, mais il offre une histoire rebondissante par les actions des personnages qui traversent la planète. C'est un livre de bruit et de fureur qui renvoie aux bruits et aux fureurs du monde, ponctué par d'agréables moments de beauté que la culture peut nous offrir : le zen et la communion, l'opéra ou le haïku pour la culture, et la moto pour les sensations et la liberté... On the road again.

Citation

Sa seule réponse était la vitesse : fuir vers l'avant pour ne pas reculer. Passer, juste un peu plus vite que les autres.

Rédacteur: Laurent Greusard dimanche 21 septembre 2014
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