L'Homme à la voiture bleue

On se toise, on ne s'aime pas. On se fragmente à l'infini. Le charcutier regarde d'un sale œil le boulanger et le jambon beurre est un complot du barman pour les enculer tous les deux.
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Roman - Noir

L'Homme à la voiture bleue

Social - Prison MAJ lundi 07 juillet 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

À partir de 13 ans

Prix: 13,5 €

Sébastien Gendron
Paris : Syros, 0000
152 p. ; 21 x 14 cm
Coll. "Rat noir"

Sans issue

La vie d'Antoine bascule le jour où il apprend que son demi-frère Victor est emprisonné car suspecté d'avoir frappé à mort un inconnu. Pourtant, Antoine en est sûr, son grand frère ne peut être le responsable de ce drame, et il n'en a pas que la conviction : il était présent. Mais comment faire entendre sa voix alors que ses parents eux-mêmes commencent à douter de l'innocence du jeune homme ? Et comment affronter à treize ans le traumatisme de l'incarcération de l'un de ses proches ? Sébastien Gendron s'attaque, au-delà de l'enquête menée par Antoine pour découvrir la vérité, à l'épineuse et taboue question de l'incarcération dans une famille. De quoi en sortir songeur et, probablement, avec quelques pistes de réflexion sur ce sujet et sur les mondes judiciaire et carcéral dans leur ensemble.
Antoine avait bien compris que s'il ne voyait plus son frère, c'est qu'il était arrivé quelque chose de grave. Victor est son demi-frère, le fils de la nouvelle compagne de son père, et s'ils ne sont pas proches, ils ont appris à s'apprécier. C'est en partie la raison pour laquelle Antoine décide, ce week-end-là, d'exiger une réponse des adultes : où est Victor et pourquoi parler de lui les rend-il si désespérément muets ? Mais lorsque le couperet tombe – Victor est en prison -, il est bien plus violent qu'Antoine ne l'envisageait. Comment se fait-il que ses parents ne l'aient pas prévenu ? Jeune adolescent, il n'en est pas moins le frère de Victor et surtout il s'en veut de ne pas avoir pu le soutenir. Il en veut aussi à son père et à sa belle-mère, eux qui n'ont pas su comment le lui annoncer et qui ont entretenu cette loi du silence qui s'est installée dans le quartier, comme si la honte et l'animosité des voisins les avaient contaminés. Ils connaissent Victor et pourtant doutent... Comment donc faire rouvrir l'enquête sur la base de ce que sait puis découvre Antoine ? Plus que jamais révolté par cette confiance que les adultes réclament et dont ils bafouent l'importance en cachant l'essentiel aux plus jeunes sous prétexte de les protéger, le jeune garçon décide de leur prouver la valeur de sa conviction, quitte pour cela à se mettre en danger. Si personne ne l'aide et ne l'écoute, alors il agira seul mais ne laissera pas tomber Victor, de cela il en est certain. Tant pis si les adultes ne comprennent pas.
Sébastien Gendron décrypte dans L'Homme à la voiture bleue l'intrusion dans la vie d'une famille sans histoire de la violence du système carcéral et de l'opacité de l'engrenage judiciaire. Il laisse transparaitre dans les répliques et conversations de ses personnages cette détresse mêlée de résignation qui assaille les proches de jeunes (ou moins jeunes) prisonniers, souvent démunis, impuissants et dépassés par des procédures qu'ils ne connaissent pas. Si Antoine se révolte et enquête, c'est pour mieux souligner le découragement et le fatalisme des adultes, mais aussi leur tendance à accepter les faits tels que relatés par la majorité : le rôle des commérages, rumeurs et autres "bruits qui courent" est ici dénoncé. Il n'y a pas de petite responsabilité lorsqu'on laisse faire et que l'on accepte de détourner les yeux.

Récompenses :
Prix Margot du polar jeunesse 2015

Citation

La colère lui broie l'estomac, froide et ravageuse. Contre son père, contre sa mère, Marie-Ange, Gerhard, tous ces adultes qui détiennent la vérité, qui vous guident au milieu des forêts de sens interdits, en qui vous placez, par la force des choses, toute votre confiance. Cette satanée confiance qu'ils mettent sans arrêt sur la balance [...] Un marché de dupe dans lequel Antoine s'est tout simplement fait berner

Rédacteur: Catherine Thiéry lundi 07 juillet 2014
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