Une terre d'ombre

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mercredi 21 novembre

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Roman - Noir

Une terre d'ombre

Historique - Social - Guerre - Évasion MAJ mardi 01 juillet 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Ron Rash
The Cove - 2012
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez
Paris : Le Seuil, janvier 2014
242 p. ; 22 x 15 cm
ISBN 978-2-02-108918-9
Coll. "Cadre vert"

L'homme au pipeau

Fidèle à ses habitudes depuis maintenant quatre romans, l'écrivain américain Ron Rash dresse un portrait flamboyant des Appalaches habitées par des gens ordinaires dépeints magnifiquement. Nous sommes en 1918, et si la Première Guerre mondiale fait rage sur le vieux continent, elle va faire des ravages dramatiques dans un vallon maudit aux abord de Mars Hills. Là vient s'échouer un étrange joueur de flûte muet recueilli par une femme qui les gens accusent de sorcellerie parce qu'elle a une tâche de naissance, et son frère, rescapé des conflits où il y a perdu une main. Walter est un être énigmatique qui n'a qu'un but : rejoindre New York où un grand chef d'orchestre lui a promis de le prendre sous sa coupe. Le lecteur sait qu'il s'est échappé de Hot Springs, une drôle de prison, mais ne comprend pas de quoi il est accusé, ni quelles sont exactement ses motivations. Dans un premier temps, à peine remis d'une attaque d'un essaim d'abeilles, il ne cherche qu'à repartir de l'avant, mais il y a cet avis de recherche avec ses traits sur le quai de la gare. Alors il s'en retourne vivre avec Laurel et Hank. Bientôt, une idylle nait entre lui et la jeune femme. Le respect, cela fait longtemps qu'il l'a gagné auprès de Hank et surtout du voisin Slidell, un vieil homme bourru mais certainement pas aigri. Dans la petite ville, pendant ce temps, un homme est chargé du recrutement des volontaires pour aller participer à la Grande Guerre. Lâche, Chauncey est l'incarnation du planqué haï par les hommes qui ont (sur)vécu au front, et qui va finir par s'octroyer le commandement d'une mission qui doit lui offrir gloire et renommée. Seulement, la gloire et la renommée ne s'acquièrent pas comme cela.

Ron Rash prend le temps d'installer ses différents protagonistes dans un monde de taiseux où les bavards souffrent et font souffrir. Il parsème une intrigue classique et intelligente de faits historiques. S'intéresse au sort des civils américains aux origines germaniques, donne du rêve que ce soit à travers une flûte en argent de Paris ou du Vaterland (rebaptisé Leviathan par les Américains), un grand transatlantique à plusieurs ponts. Ses personnages héritent en droite ligne leurs personnalités des œuvres de Faulkner, Steinbeck et Caldwell. Ils sont ou pleutres, lâches et fainéants ou généreux dans la vie et dans l'effort. Avec son vallon maudit, il fait resurgir toute une mythologie universelle empreinte d'ostracisme. Son roman se teinte alors de jalousie, d'autodafé et de racisme. L'Amérique rurale et rustre se laisse gagner par les pulsions amères de troubles personnages. Dès le début, l'on comprend que l'histoire qui se déroule sous nos yeux est amenée à se conclure tragiquement car un homme recueille dans le sceau d'un puits un crâne aux orbites noirs. Pendant toute la durée de la lecture, on cherche à savoir qui sera la victime. Mais Ron Rash est un romancier fin qui aime à multiplier les chemins d'errance. Il multiplie les fausses pistes et est à l'aise dans les doubles sens. Mais il n'en oublie pas pour autant un lyrisme prononcé qui de roman en roman s'aguerrit et s'offre un fatalisme d'envergure alors même que l'armistice est signé à la fin de ce roman qui se conclue sur une touche douce amère. Et surtout, il ajoute une grande histoire d'amour dramatique, qui amplifie l'aspect romanesque.

Récompenses :
Prix Lucioles des lecteurs 2014
Grand prix de la littérature policière - roman étranger 2014

Nominations :
Prix Mystère du Meilleur roman étranger 2015
Trophée 813 Michèle Witta du roman étranger 2015

Citation

Toutes sortes de serpents venimeux et de plantes toxiques prospéraient ici et chaque pas était dangereux. D'immenses grottes remplies d'eau s'étendaient juste sous la surface apparemment ferme du sol. Qui pouvait céder et précipiter un homme trente mètres plus bas dans une eau si noire que les truites qui étaient là étaient aveugles.

Rédacteur: Julien Védrenne mardi 24 juin 2014
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