Des morts bien pires

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mercredi 19 septembre

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Roman - Policier

Des morts bien pires

Urbain - Finance MAJ jeudi 26 juin 2014

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21,5 €

Francisco González Ledesma
Peores maneras de morir - 2013
Traduit de l'espagnol par Jean-Jacques Fleury, Marie-Neige Fleury
Paris : Rivages, avril 2014
376 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-7436-2737-9
Coll. "Thriller"

Tout éteindre et partir

Depuis sa première apparition dans le roman policier, Mendez est un flic atypique : vieux, lymphatique, n'écoutant que ses sympathies pour les gens de peu et les prostituées, il a mené une longue carrière terne où même ses "succès" d'investigation n'ont pas entamé sa nostalgie et son mal de vivre. Et ce n'est pas un hasard si cette nostalgie se manifeste tout au long de l'intrigue qui relate son ultime enquête : dès les premières lignes, Francisco Gonzalez Ledesma revient sur une affaire très ancienne où, sans le faire exprès, son inspecteur a abattu un voleur. Aujourd'hui, il vient fleurir la tombe de sa victime, puis il commence une enquête autour de vieux immeubles que les promoteurs convoitent, attendant la mort des derniers locataires, murant les appartements désertés au fur et à mesure.
Le ton est donné et, sans appuyer exagérément, l'auteur va teinter de couleurs automnales son histoire : vieux logements qui suintent la pauvreté, demeures de familles bourgeoises à l'ancienne, finissantes et vendant les bijoux de famille l'un après l'autre, poubelles qui servent de maisons aux abandonnés. Des morts bien pires joue sur la dichotomie entre cet ancien monde des petites gens, de la solidarité, qu'elle soit catholique ou communiste, et les parvenus qui s'appuient sur le capitalisme moderne, sur des sociétés écrans en cascade, sur la violence, la corruption et la mondialisation pour asseoir encore davantage leur pouvoir.
Aucune illusion chez Mendez car les riches truands resteront impunis, seuls les petits et les pauvres trinquent. Si des méchants paient, c'est uniquement parce que d'autres plus vicieux et plus gros, veulent prendre leur place. Mendez déambule dans sa ville et Francisco Gonzalez Ledesma décrit Barcelone comme dans un long poème mélancolique où tous les éléments se répondent avec talent pour annoncer la mort de la vieille Barcelone, peut-être même de l'Espagne. Le seul personnage qui provoque l'action est une jeune Ukrainienne, sortant d'asile, comme pour signaler que le dynamisme et l'énergie viennent d'ailleurs, bousculant la vieille Europe, engluée dans une longue et lente agonie, presque douce.
Des morts bien pire décrit, à travers l'itinéraire d'un personnage, sans pathos, comment meurt une civilisation, sans convulsions, mais d'épuisement, de langueur, de trop d'humanité dans un univers trop cynique. Un chant du cygne rendu avec délicatesse et touches fines, au sein d'une intrigue en colimaçon, revenant sans cesse sur elle-même, pour progresser, et qui montre un Francisco Gonzalez Ledesma au sommet de son écriture.

Nominations :
Grand prix de la littérature policière - roman étranger 2014

Citation

Elle aussi avait cherché un monde meilleur, et maintenant elle découvrait, au milieu de l'indifférence des masses informes qui arpentent les trottoirs, insensibles à une réalité autre que la leur, que ce monde meilleur n'existait pas et que probablement il n'existerait jamais.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 13 mai 2014
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