Notre voisin le diable

Je me suis occupée d'elle, elle ne sera plus un problème.
Doris Wishman - Supernichons contre mafia
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Sous ses yeux
C'est l'histoire d'une femme, Lily Gullick, qui regarde les oiseaux avec des jumelles et qui ...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

vendredi 20 octobre

Contenu

Roman - Noir

Notre voisin le diable

Ethnologique - Tueur en série - Disparition - Corruption MAJ vendredi 16 mai 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 8,15 €

Jean-Claude Derey
Paris : Rivages, 0000
238 p. ; 17 x 11 cm
ISBN 978-2-7436-2732-4
Coll. "Noir", 951

Enfant des bidonvilles

Dans l'Inde démocratique, les maharadjahs ont été remplacés par de riches industriels qui rêvent de gloire, de pouvoir et d'impunité. Jean-Claude Derey, arpenteur de l'Asie, dépeint le quotidien d'Apu, un enfant des bidonvilles, qui erre près de Delhi, insouciant et amoureux quoique longtemps orphelin. Après treize années d'absence, sa mère a refait surface avant de postuler chez Mohinder Pandar Singh a un emploi de bonne. Malheureusement, elle disparait alors que son fils l'attend à l'extérieur de la riche demeure. Un serviteur zélé lui apprend qu'elle est partie par derrière, mais Apu ne peut le croire. C'est le début, pour cet adolescent d'une longue enquête parsemée d'embûches, de défaitisme, et édulcorée à la corruption. L'affaire dévoilera quarante disparitions : trente-neuf de sexe féminin, et une de sexe masculin. Âgés de quatre à quarante ans, les victimes seront partiellement retrouvées par Apu dans les égouts de la ville, dans des sacs-poubelle qui regorgent d'ossements passés à l'acide pour éviter les odeurs de putréfaction.
Jean-Claude Derey renoue avec une veine romanesque à l'écriture qui fleure bon les intrigues aventureuses de Pierre Mac Orlan, de cette époque où un bon ouvrage ne tirait pas à la ligne, et où sécheresse de l'intrigue ne voulait absolument pas dire sécheresse de l'écriture. Il nous emmène dans un pays où les traditions viennent se confronter à la modernité. Où les faux-semblants s'arrangent des lois. Il est question de l'avortement des femmes enceintes de bébés filles, mais également de l'assassinat de ces mères simplement capables de faire naitre ces bébés filles, synonymes de dots et d'appauvrissement de la famille. Mais aussi de transfert d'organes, de plaisirs sexuels illicites qui ne seront jamais jugés alors qu'un baiser rendu en public est passible de cinq cents roupies d'amende. L'auteur fait d'ailleurs preuve d'une jolie poésie lorsqu'il relate un baiser passionné entre Indira et Apu (Indira tendant des billets à un policier trop heureux d'avoir un pot-de-vin, puis expliquant qu'elle avait trop envie d'embrasser Apu : l'on ne saurait faire plus romantique...). Mais hélas pour Indira, sa soif de vérité va l'emmener dans cette maison diabolique...
Apu, lui, n'aura de cesse de découvrir une vérité fuyante, aidé en cela par l'un des rares policiers intègres (mais remisé dans un placard). Le roman prend alors le temps de dénouer les fils complexes d'une politique de complaisance avec son lot éhonté de corruption. La justice étant plus prompte à châtier les petites gens que les riches. Absurdité de cette justice : des témoins-clés sont emprisonnés dans la même geôle que leurs bourreaux afin qu'ils ne manquent pas de témoigner à leurs procès. D'autres sont là depuis des années sans même que l'on puisse se rappeler pourquoi. L'Inde des temps modernes, véritable puissance en mouvement, conserve son lot d'archaïsme et de méthodes dignes du Moyen Âge. Au final, les coupables bénéficient de passe-droits, mais c'est malheureusement une conclusion immuable et universelle. Pour y arriver, Jean-Claude Derey aura montré quelques facettes d'un monde mystérieux et qui nous semble exotique, et l'on se sera pris d'une profonde affection pour cette version humaniste moderne de Kim, le personnage sympathique de Rudyard Kipling, qui sillonne un roman vraiment plaisant à lire.

Citation

Ça devient une manie ! Des que quelqu'un disparaît, on vient sonner chez moi !

Rédacteur: Julien Védrenne lundi 12 mai 2014
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page