La Danse de la mouette

Tout ce que vous avez à faire, c'est d'éprouver les bons sentiments, les sentiments politiquement corrects, et de bien montrer toute la délicatesse de votre sensibilité. Et du coup, vous n'avez plus à agir. Il vous suffit de rester tranquillement assis avec vos précieux sentiments en sautoir, pendant que tout le monde s'écroule autour de vous mais vous applaudit tout de même parce que vous ressentez ce que tout être sensible ressentirait.
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lundi 06 avril

Contenu

Roman - Policier

La Danse de la mouette

Mafia - Procédure MAJ vendredi 28 mars 2014

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20,2 €

Andrea Camilleri
La Danza del gabbiano - 2009
Traduit de l'italien par Serge Quadruppani
Paris : Fleuve, janvier 2014
298 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-265-09399-7
Coll. "Fleuve noir. Thriller"

Voler, danser et mourir

Le roman s'ouvre sur un détail : une mouette sur le point de mourir se livre à une sorte de danse étrange dans le ciel, avant de s'effondrer. Comme souvent, c'est l'annonce d'une autre danse, elle aussi mortelle, qui aura lieu plus loin dans l'ouvrage. Le commissaire Montalbano a toujours pris son temps. Entre ses envies de bons petits plats, sa phobie de rencontrer son supérieur et son manque d'envie de compléter les documents administratifs, le roman vit au rythme du soleil, des plages, de la façon dont les plats mitonnent. Du coup, dans ce volet, les sentiments et les sensations prennent une importance vitale, peut-être à cause de l'intrigue : un adjoint du commissaire a disparu et il faut le retrouver. Lorsqu'il est enfin récupéré, on s'aperçoit qu'il est poursuivi par la mafia. Du coup, Montalbano est à cran : il se perd dans les couloirs d'un hôpital, il stresse au bord d'un trou où se trouve peut-être un cadavre, il manque de s'évanouir en observant une scène de meurtre...
Le style s'adapte constamment entre ses pauses languissantes décrites avec soin, des scènes qui virent presque au fantastique avec volets qui claquent, fantômes et taches de sang, et des moments parodiques, notamment lorsque Montalbano doit faire exploser la vérité mais est bien embêté car il sait à quel point tout peut être étouffé par ses supérieurs. Il n'y a jamais loin du rire aux larmes et l'on passe de l'un à l'autre en quelques lignes avec un soin de conserver l'humanité des personnages. L'hystérie gagne presque le roman et offre des scènes d'action peu usuelles : le commissaire se fait draguer pas une infirmière, il faut pourchasser un assassin dans des labyrinthes et les hangars de la zone portuaire sont particulièrement dangereux.
La Danse de la mouette réussit ce dosage subtil entre l'intérêt des personnages et la qualité de l'intrigue pour en faire l'un des bons moments de cette série, que l'on croit connaitre et qui réserve encore quelques surprises.


On en parle : La Tête en noir n°167 |Carnet de la Noir'Rôde n°55

Nominations :
Grand prix de la littérature policière - roman étranger 2014

Citation

Tous s'approchèrent pour mater, en se couvrant le nez et la bouche d'un mouchoir. Pour ce qu'on pouvait y comprendre, c'était un homme de près de soixante ans, complètement nu, très abimé. Le visage était un amas de chairs et d'os.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 24 mars 2014
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