Robert Moses : le maître caché de New York

On ne vit pas dans le même monde que les Blancs, m'avait-il dit dès le premier jour. Nous avons nos propres règles, et parfois elle ne fonctionnent pas.
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Bande dessinée - Noir

Robert Moses : le maître caché de New York

Social - Corruption - Artistique MAJ lundi 20 janvier 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Pierre Christin (scénario), Olivier Balez (dessin)
Grenoble : Glénat, janvier 2014
108 p. ; illustrations en couleur ; 28 x 20 cm
ISBN 978-2-7234-9584-4
Coll. "1.000 feuilles"

Urban fiction

Robert Moses est à New York ce que le baron Haussmann est à Paris : un homme qui a chamboulé l'architecture de sa ville pour la marquer de son empreinte. Pourtant, rien ne prédispose cet homme - hormis son ambition démesurée - à transfigurer une ville victime de sa surpopulation et d'une certaine ghettoïsation. Il ne saura jamais conduire mais aura les moyens de se payer un chauffeur et de multiplier les immenses artères car pour lui la ville se conçoit avec de grandes rues et avenues propices à l'Américain modèle (comme la Ford T). Robert Moses n'aime pas les transports en commun et est tout sauf un misanthrope. Sous un aspect austère et faussement débonnaire, son armure est inoxydable comme les poutres métalliques (pourtant de mauvaises factures) qui vont servir de squelettes à de nombreux édifices de la Grande Pomme. Avide de gloire, de femmes et d'argent, il épuise les architectes à la chaine, il leur impose ses choix. Maitre d'œuvre financé par la pègre, il rogne sur la qualité et déplace des populations dont il n'a que faire. Il repousse hors de la ville des minorités, les pauvres s'éloignent, ils ne profiteront même pas des infrastructures balnéaires qu'il offre aux New-Yorkais : son professionnalisme machiavélique lui fait construire des ponts au-dessus des routes qui empêchent les cars et les bus de passer. Seuls ceux qui ont leur propre véhicule pourront aller profiter du bon air non vicié par des travaux incessants. Le docteur Moses, comme il se nomme, usera également des fonds publics promus par le New Deal pour la grandeur de ses travaux. Pourtant, même s'il amasse une immense fortune, il la réinjecte aussitôt quasi intégralement dans ses projets d'urbanisme, même s'il possède un manoir sur Long Island, une maison à Gilgo Beach et un modeste bateau nommé Bob. À la mort de sa femme, il épouse évidemment sa secrétaire. Ainsi, malgré de profondes contradictions, l'homme ne profite pas - dans un certain sens - de sa toute puissance. Lutteur-né, Rober Moses, "ogre repoussoir en matière d'organisation urbaine", ne s'embarrassant pas des règles qui ne lui conviennent pas, s'éteint à l'âge canonique et conséquent de quatre-vingt-douze ans. Sa dernière lutte aura été perdue : une femme, Jane Jacobs, se sera élevée contre "l'éradication systématique de l'humain au nom d'un hypothétique monde meilleur", à juste titre puisque Robert Moses entendait annihiler un patrimoine culturel qui n'entrait pas dans son moule. C'est ce portrait aux nombreuses aspérités qui a intéressé Pierre Christin et Olivier Balez. Le trait soigné et artistique de ce dernier, apôtre des bichromies, passé maître dans l'art de dessiner avec un ton passéiste du plus bel effet, se prête à merveille pour épouser le scénario ciselé de Pierre Christin. Lui s'est documenté avant de trahir la biographie de Robert Moses comme votre serviteur l'a encore plus trahie en ces quelques lignes dévastatrices. Mais on comprend, à la lecture de cette bande dessinée originale et très prenante, pourquoi l'ombre de Robert Moses plane toujours sur New York malgré l'indifférence de ses habitants. Et l'on pense à ce moment-là, plus à l'ombre angoissante de Fantomas sur Paris qu'à celle du baron Haussmann.

Citation

Tel Batman faisant le bien (et le mal) dans Gotham City à partir de son manoir secret, Robert Moses remodèle la ville et ses environs à partir de son repaire tout aussi protégé de Randall Island, sur l'East River...

Rédacteur: Julien Védrenne dimanche 19 janvier 2014
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