La Gloire n'est plus de ce temps

Ce jour-là, après avoir regardé un film à la télévision, Djandoubi les fait mettre nues et les allonge côte à côte sur le lit avant de les torturer à l'électricité en appliquant brièvement les fils dénudés sous les aisselles, aux coudes, aux poignets et naturellement aux seins et au sexe.
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jeudi 15 novembre

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Roman - Policier

La Gloire n'est plus de ce temps

Politique - Corruption MAJ vendredi 10 janvier 2014

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23,8 €

Julia Latynina
Ne vremia allia slavy - 2009
Traduit du russe par Yves Gauthier
Arles : Actes Sud, octobre 2013
542 p. ; 24 x 15 cm
ISBN 978-2-330-02480-2
Coll. "Actes Noirs"

Sous les oripeaux des idéaux

La gloire est-elle une activité militaire ? Dans le roman de Julia Latynina qui clôt "La Trilogie du Caucase" il n'y a pas de charge clairon en avant, mais des embuscades, des ratonnades, des gens abattus de dos, entraînés vers des camps de torture dans les coffres de Mercedes, des attentats à la bombe, des estropiés et handicapés qui parsèment le roman comme autant de remords. La gloire est-elle une activité économique ? Là encore, pour un visionnaire qui entreprend de faire construire une usine qui devrait sortir son pays de l'ornière et l'engager dans la voie de la modernité, c'est une multitude d'intermédiaires, de concussionnaires, de corrompus qui vivent sur la bête. Rarement dans un roman, on verra de manière aussi crue des mallettes remplies d'argent, et deux personnes nommées au même poste parce qu'elles ont soudoyé deux ministres de tutelle différents. Enfin, la gloire est-elle une activité patriotique ? Dans le corps de cette intrigue, un terroriste entend détruire ses propres infrastructures nationales pour ne pas perdre de volontaires pour son armée si le niveau de vie s'améliore. Kemirov, le dirigeant envoyé par la Russie dans la petite république de l'Avarie-Dargo, construit sa stratégie sur la destruction de l'usine dont il est censé tirer des bénéfices, chacun se sert dans les caisses de l'État confondue avec les siennes propres.
Cette trilogie se clôt donc comme elle a commencé : les descriptions hallucinée d'une pseudo république musulmane contrôlée par la fédération de Russie. Un contrôle somme toute théorique et qui n'est que le lieu d'affrontement entre différents clans tribaux locaux et les divers groupes qui, au sein de la Russie, essaient de s'emparer des richesses du pays. Au cœur des intérêts de tous la possession des énormes gisements de gaz. Le roman se double d'un conflit cornélien centré autour de Kirill, le directeur de l'usine, jeune russe exilé idéaliste, lié aux investisseurs anglais, qui essaie de développer son industrie. Peu à peu, il va évoluer d'un statut de novice à celui de combattant aguerri, maîtrisant toutes les subtilités d'un "conflit de basse intensité". Or Kirill a épousé une belle indigène et a adopté son fils, mais ce dernier souffre d'un cancer qui nécessite une greffe, et le seul donneur compatible semble être l'un des chefs terroristes cachés dans la montagne... Ce même fils adoptif est naïf au point d'être embrigadé par un autre groupe islamiste. Et c'est là que l'on se dit que, en effet, la gloire n'est plus de ce temps. Tous les mots, tous les idéaux sont vides (seul peut-être subsiste l'idée de famille et de relations claniques), et chacun essaie d'être son propre seigneur de guerre, le garant de ses intérêts égoïstes, prêt à noyer dans le sang, la guerre civile ou la corruption toute volonté de toucher à son pécule. Le tout est reconstitué avec un humour froid et cynique, une description matoise et rusée, un style qui rend compte de la dureté des hommes, de la rudesse du climat et de la façon dont les humains détruisent la beauté du monde, en enrobant de mots leur seul soif de pouvoir.

Citation

Le colonel Likhoï connaissait parfaitement la première règle de stratégie : si l'ennemi te tape dessus, c'est qu'il jouit d'une supériorité écrasante.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 06 janvier 2014
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