L'Art des liens

Nous avions appris ensemble, dans une sorte de cours d'histoire, qu'un bon moyen de cacher quelque chose est de le laisser bien en vue. La plupart des gens négligent ce qui est évident, et comme convenu j'avais donc trouvé ce quelque chose scotché sous la table à laquelle je m'installais toujours.
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Roman - Noir

L'Art des liens

MAJ mardi 22 octobre 2013

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 15 €

Raphaëlle Thonont
La Croisille-sur-Briance : Écorce, septembre 2013
202 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-9535417-5-5
Coll. "Noir"

Se couler dans les nœuds

Lorsqu'on a épuisé les pulsions érotiques normales et que l'on est assez cultivé ou riche pour imaginer des perversions nouvelles, s'intéresser à l'art des nœuds érotiques japonais - une version locale du bondage, mise en avant notamment dans les ouvrages de Romain Slocombe - est une manière originale de renouveler sa libido. Ce qui pourrait n'être qu'une passion intime devient ici l'enjeu du roman noir. Raphaëlle Thonont ne développe pas une intrigue policière sanglante et voyeuriste s'il y a quelques meurtres (évoqués en arrière-plan, comme une conséquence nécessaire de certaines personnes aux pulsions trop fortes) et une volonté de tuer pour cacher les traces d'activités licencieuses, c'est surtout le fait d'un des organisateurs qui a peur de voir son "commerce" florissant s'arrêter. Enfin, il y a une enquête puisque le centre de l'histoire repose sur la disparition d'une personne.
L'Art des liens est un véritable roman noir car le texte tourne autour de deux thèmes forts, restituées avec soin dans un style classique, prenant, qui joue sur les détails du quotidien pour créer la tension. Sur un décor nouveau et riche : galeries d'art, salons feutrés pour partouzes chics et grands hôtels suisses, nous suivons les pérégrinations psychologiques d'un homme qui ne peut accepter le départ, la disparition de son épouse, d'autant plus qu'il croit déceler des traces de son corps dans les travaux de photos ou de peintures d'autres artistes. Raphaëlle Thonont construit avec soin et complexité ce personnage de Léo Harossian, qui refuse de faire le deuil, qui cherche la vérité dans les détails fuyants de la vie, même si cette recherche doit lui faire perdre justement les dernières illusions qu'il a pu avoir sur Sofia, sa femme.
Parallèlement, nous sommes en compagnie de l'épouse, prise dans le jeu complexe des relations amoureuses. Les liens physiques des nœuds érotiques répondent aux liens psychologiques que le bourreau entretient avec sa victime, que le masochiste fusionne avec le sadique. Décrite comme une femme en faiblesse, heureuse de ces choix sexuels mais en même temps désireuse de renouer avec son mari et Anouk, sa fille, le personnage féminin, corps diaphane et malade, traverse le roman en fantôme, créant cette atmosphère onirique qui est celle du fantasme jusqu'aux dernières pages qui travaillent aussi la question du lien à reconstruire, difficilement, entre les "victimes".
Les éditions Écorce, à l'inverse de nombre de maisons modernes, ne jouent pas la pléthore mais privilégient la rareté, la qualité, et le soin extrême porté à des textes, forts et prenants, qui résistent à la lecture, quintessence du roman noir dans l'étude de personnages dessinés avec soin. L'Art des liens en est la nouvelle et parfaite illustration.

Citation

Ils avaient vécus penchés en avant, le dos rond sous le vent. Et lui, malade de son passé,n'avait vu que ses propres douleurs.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 22 octobre 2013
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