L'Homme qui assassinait sa vie

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mercredi 21 novembre

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Bande dessinée - Noir

L'Homme qui assassinait sa vie

Road Movie MAJ mardi 22 octobre 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Emmanuel Moynot (scénario & dessin)
Scénario adapté de l'œuvre de Jean Vautrin
Paris : Casterman, septembre 2013
108 p. ; illustrations en couleur ; 29 x 22 cm
ISBN 978-2-203-06861-2

Criminel légitime

François-Frédéric Frey dit F.-F. F. était un brillant homme d'affaires de la région bordelaise, coureur de jupons invétéré, collectionneur de femmes, sous la coupe de Dieu, son beau-père. Seulement, F.-F. F. ne s'attendait pas à passer des affaires à la paille. Trois années de prison pour couvrir Dieu de ses infractions nombreuses : abus de biens sociaux, détournement de fond et j'en passe. Trois ans pendant lesquels il a d'autant plus ruminé sa vengeance que sa dernière femme l'a cocufié avec son beau-père. Cet homme, à peine sorti de prison et de retour dans la maison familiale à Arcachon, où plane l'ombre d'une mère envahissante morte pendant son incarcération, se mue en criminel légitime. Il décide d'éliminer tous ceux qui ont un rapport avec son ancienne vie avant de se donner la mort. C'est ce road movie sanglant, adapté du roman éponyme de Jean Vautrin, qu'Emmanuel Moynot nous propose dans une dense bande dessinée où il fait étalage de son trait à l'influence évidente de Jacques Tardi, pour certains profils d'enquêteurs (ah... Nestor Burma) ou pour Bordeaux dont les façades ressemblent à s'y méprendre à celles de l'univers parisien du père d'Adèle Blanc-Sec. Au volant de sa voiture, sur l'autoroute, F.-F. F. va tout d'abord se prendre d'affection pour un chien miteux abandonné sur une aire de repos qu'il appellera Zéro et qui le sauvera d'un drôle de pétrin. Il faut dire que le corps de son ex dernière femme repose sanguinolent dans le coffre. Puis un ancien flic, détective privé raté, qui recherche un enfant autiste de quarante-cinq ans en compagnie d'une grand-mère, fille d'une émigré espagnol communiste. Puis un commissaire de police sur la sellette. Et enfin, le gang Moralès, dont le père a une entreprise de transport routier spécialisée dans le convoyage d'émigrés clandestins maliens. Tout ce beau monde a rendez-vous de nuit pour une ultime rencontre absurde et sanglante. Tout l'univers grand-guignolesque de Jean Vautrin est là, merveilleusement bien reproduit. L'hommage d'Emmanuel Moynot est parfait. Il offre quelques très belles planches où il prend plaisir à varier les bichromies. Le rouge écarlate est souvent de mise, l'obscurité ne l'est que très rarement. L'auteur privilégiant les clairs aux obscurs, lorsque le trait prend toutes ses dimensions. L'espèce humaine révélée est affreuse à souhaits, les relations tendues, chacun se joue de l'autre, la limite entre apparence et déchéance franchie à de nombreuses reprises. Encore une belle adaptation des éditions Casterman.

Citation

C'est gros, c'est lourd, ça sent la graisse... Ça rutile pas du tout et ça fait des bosses inélégantes sous les vêtements. Il y a rien de plus con qu'un flingue finalement.

Rédacteur: Julien Védrenne lundi 21 octobre 2013
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