1502

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dimanche 15 septembre

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Roman - Thriller

1502

Historique - Tueur en série - Complot MAJ jeudi 26 juillet 2018

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22,5 €

Michael Ennis
The Malice of Fortune - 2012
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Caroline Nicolas
Paris : Le Cherche midi, mars 2013
570 p. ; illustrations en noir & blanc ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-7491-2668-5
Coll. "Thriller"

Avec Machiavel, dans l'Italie des Borgia

Trop souvent, un artiste, un romancier, un philosophe ne sont connus qu'à travers une partie de leur œuvre. On se pose rarement la question de savoir quels événements, quelle démarche intellectuelle, ont pu les amener à concevoir cette œuvre auquel leur nom reste attaché. Il en est ainsi de Nicollò Machiavelli, passé à la postérité pour Le Prince, un livre décapant sur le pouvoir, régulièrement réédité comme il le sera de nouveau chez Tempus en juin 2013.
C'est cette lacune que Michael Ennis se propose de combler en faisant vivre des événements qui se sont déroulés en 1502, alors que le philosophe, âgé de trente-trois ans, était à Imola comme secrétaire du Conseil des Dix de Florence auprès de Cesare Borgia, duc de Valentinois.

Une lettre de Nicollò, datée du début de l'année 1527, accompagne quatre groupes de manuscrits qui, selon l'expéditeur permettent d'appréhender "la terrifiante nature du secret que j'ai délibérément enseveli, dirons-nous, entre les lignes du Prince".
Le premier manuscrit est de la main de Damiata, une courtisane romaine. Elle raconte comment, piégée par le pape Alexandre VI, (Rodrigo Borgia) elle a dû partir pour Imola, sur les traces du meurtrier de Juan Borgia, son amant. Le pape, qui la soupçonne d'être à l'origine de l'assassinat de son fils préféré, veut venger sa mort. Pour la contraindre, il garde en otage, l'enfant qu'elle a eu avec son fils.
En arrivant à Imola avec Camilla, sa suivante, presque son amie, elle remarque un homme qui prend soin d'une mule et reçoit régulièrement des confidences d'un jeune garçon contre une piécette.
Cesare Borgia appelé Valentino s'est installé dans la ville. Il vient de conquérir la Romagne en fin stratège, avec l'aide de deux familles de condottieri, et s'apprête à signer un traité de paix avec eux. Nicollò a le sentiment qu'il s'agit d'un marché de dupes pour Valentino, en position de faiblesse par rapports à ses alliés de circonstance.
Damiata approche le Florentin. Elle se lance sur la piste ouverte par le bolletino de Juan, réapparu mystérieusement. Nicollò la suit. Elle apprend que l'amulette a été retrouvée sur le corps démembré d'une femme. Ils croisent la route de Leonardo da Vinci qui met sa science d'ingénieur au profit des visions du prince. Pour l'heure, celui-ci suit la piste macabre tracée par des morceaux de femmes disséminés à l'abord d'Imola.
D'autres prostituées sont assassinées et leurs membres dispersés. Retrouver l'identité de ces femmes n'est pas sans danger. Camilla est tuée dans d'affreuses conditions. Le criminel rode, assisté d'assassins.
Léonardo établit un plan de la ville, trace les points qui révèlent que la disposition des morceaux de femmes ne doit rien au hasard.
Nicollò a le sentiment d'être manipulé par tous, y compris par Damiata qui lui jure un amour absolu, l'amour décrit par Platon dans Le Banquet... Qui tire les macabres ficelles parmi ces guerriers certains d'une impunité ?

Michael Ennis a mis dix ans pour écrire et finaliser ce livre, qui représente une somme prodigieuse d'informations sur la situation de l'Italie, sur l'organisation politique, sur les partis en présence, en cette période clé du début du XVIe siècle. Il resitue l'ambiance qui régnait, fait revivre les croyances, le culte de la Fortune, la sorcellerie et les manipulations de ces femmes qui vendent des charmes et pratiquent l'accès au sabbat. Il relate les exactions diverses, les crimes des condottieri et de leurs troupes. Il fait référence au sac de Padoue et aux femmes mutilées, assassinées.

C'est un récit composé de quatre rapports. Si le premier est de Damiata, le reste est de Nicollò. Ce dernier est confronté à un complot et à un criminel en série hors pair. Il relate ses réflexions, ses hypothèses, ses recherches, sa vision personnelle des faits et leurs conséquences.
Michael Ennis s'appuie sur des écrits, des témoignages et place les actions telles qu'elles ont été décrites à l'époque, à l'endroit précis où elles se sont déroulées. La fiction commence quand il expose le pourquoi et le comment de ces actions. Avec ces informations il nourrit une intrigue dont la finesse, le déroulement, et l'organisation relèvent de la plus belle des roueries. Il décrit une suite de scènes hallucinantes, dans la plus grande tradition du thriller, générant un suspense mémorable.

Il redonne à Machiavel sa réelle vision des choses, démontrant que l'auteur du Prince n'avait pas la réputation qu'on lui a faite mais qu'il était plus un chercheur tentant de mettre en place une nouvelle science de l'homme en se basant sur les écrits des anciens, sur leurs déclarations. Michael Ennis reprend la théorie du Florentin selon laquelle la prédestination existe et que les monstres qui jalonnent l'Histoire ne sont pas devenus sanguinaires. Ils l'étaient depuis leur naissance, masquant leur nature, apprenant à dissimuler, à tromper.
Il met en scène, pour les principaux acteurs du drame, que des personnages authentiques, sauf les "troisièmes couteaux" qui relèvent de la fiction, bien qu'ils aient été, sans doute, conçus à partir d'écrits, de témoignages. C'est ainsi que l'on croise l'un des papes les plus débauchés, un Léonard de Vinci plus ingénieur que peintre, des grandes figures de condottieri, ces généraux mercenaires qui "fomentent et font durer les conflits dans le seul but de financer une vie de luxe et de plaisirs dévergondés".

Le romancier signe un livre érudit exposant avec brio la situation politique, sociale et historique, un thriller d'une grande intelligence, avec force conspirations, codes secrets et énigmes à résoudre.
En général, les appréciations, les commentaires émanant d'illustres auteurs du genre, que l'on trouve en quatrième de couverture sont louangeurs. Ainsi, à propos de 1502, Glenn Cooper évoque un nouveau Nom de la rose. Eh bien... il n'a pas tout à fait tort !

Citation

J'avais déjà brûlé cinq ou six chandelles lorsque la réponse s'imposa à moi : tous ces hommes maudits étaient, dès leur plus jeune âge, passés maîtres dans l'art de la tromperie.

Rédacteur: Serge Perraud vendredi 17 mai 2013
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