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mercredi 19 septembre

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Roman - Thriller

La Somnambule

Psychologique - Énigme MAJ lundi 13 mai 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 8,65 €

Helen McCloy
The Sleepwalker - 1974
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Olivier Schwengler
Paris : Rivages, janvier 1991
192 p. ; 17 x 11 cm
ISBN 978-2-86930-432-3
Coll. "Noir", 105

Somambule vs kleptomane

"J'ai toujours pensé que la police doit être une solution de dernier recours. Un peu comme une intervention chirurgicale." Pour Marian Tansey, plus le thriller d'Helen McCloy évolue, plus il y a urgence. Écrit en 1974 par une des reines du suspense psychologique américain, La Somnambule relate les péripéties qui viennent perturber l'ordinaire d'une jeune femme habitant Boston depuis maintenant deux ans. Tout part d'une publicité entendue à la radio engageant à acheter une voiture. Voiture qu'elle finit par avoir après quelques écueils administratifs : elle n'a pas de carte d'identité, malgré un travail de vendeuse dans une brocanterie associative, elle ne peut contracter d'emprunt à la banque. Heureusement, Ruth Haviland, sa logeuse et par la même occasion celle qui lui a permis d'obtenir son emploi se porte garante. La voiture en poche, ou plutôt dans le garage, on pourrait croire que rien d'extraordinaire ne va se passer. L'on a bien en tête des images du type de celles que peu donner Stephen King, auteur de l'inoubliable Christine, qui donne âme à une voiture, mais dans le Boston des années 1970, la réalité est d'une cruauté parfaite à l'image de ces bonnes âmes qui dispensent leurs bienfaits mais refusent que des hippies habitent leur quartier. Et dès qu'un couple non marié se forme, c'est un couple hippie (hourrah...), et si l'homme a les cheveux longs (tchic tchic tchic...), c'est qu'il se pique au LSD (même s'il s'en trouvera une pour dire que le LSD ne s'injecte pas en intraveineuse). La voiture n'a pas d'âme, mais quelqu'un l'emprunte la nuit : le siège est reculé à son maximum, la radio n'est pas éteinte et le cendrier regorge de mégots de cigarettes. Ce dernier détail alarme Marian, qui tient en horreur la cigarette. Elle se lie d'amitié avec Dick, l'un des vendeurs de la voiture, qui lui a certifié que personne d'autre n'avait un jeu de clé. Mais la voiture fait une nouvelle excursion dans la nature et sa carrosserie est légèrement cabossée.

Helen McCloy manie avec excellence le sens du mystère. Tout d'abord, elle dessine une héroïne trouble sans aucuns repères biographiques. Le lecteur accompagne une jeune femme hésitante sur son passé, se démenant pour éviter d'avoir à en parler. Et puis, en l'espace de deux journées, elle la fait croiser deux étranges personnages qui forment un couple incongru : Rebecca Shelby, kleptomane qui veut devenir actrice, et Donald Stevens, journaliste. Ils viennent habiter le même immeuble que Marian Tansey, et Rebecca se retrouve à travailler dans la même boutique que la jeune femme. Il faut ajouter que Steve (diminutif de Donald Stevens) mesure plus de deux mètres. Bien sûr, l'on se dit tout de suite n'en déplaise à la maitrise d'Helen McCloy, que Steve est celui qui emprunte la nuit sa voiture pour accomplir ses petits trafics (il est beaucoup question d'héroïne), mais le fond de l'histoire est bien plus compliqué et simple à la fois. Car notre romancière s'amuse à semer des fausses pistes dans un univers angélique - Marian est tellement bien entourée que l'on se demande parfois comment cette bonne vieille ville de Boston peut être gangrenée par la mafia. Aussi, Dick sifflote-t-il un vieil air de musique, le même que celui entendu à l'autoradio. Et puis ces vieilles dames tout aussi généreuses soient-elles cachent bien quelques démons dans leurs tiroirs. L'histoire commence à se décanter lorsque Marian victime de crise de somnambulisme se retrouve à errer dans la campagne, figorifiée dans sa chemise de nuit au volant de sa voiture. Mais là encore, Helen McCloy sème le doute : est-elle vraiment victime de ces crises ou, droguée, est-elle l'actrice parfaite d'une mise en scène machiavélique ?

L'arrivée opportune d'un psychiatre aux origines italiennes aura son incidence. Des bribes du passé de Marian ressurgissent. Dans le même temps, Helen McCloy dessine un ensemble de personnages féminins faillibles. Car outre Marian, victime de son subconscient, Rebecca est une jeune fugueuse, et Ileana Zabriskie, sa voisine, excellente bonne âme, vit un cauchemar éveillé depuis que sa fille partie avec deux autres amies faire un tour du monde a disparu. Elle avait vingt et un ans. Si l'on ajoute que la première est somnambule et la seconde kleptomane, il y a là de quoi se poser bien des questions. Après quelques petits détours sur des idées sociétales disséminées, Helen McCloy dans un roman qui se lit allègrement et rapidement offre une fin un tantinet alambiquée même si elle coule (presque) de source, laissant quelques béquilles en suspens à son intrigue qui en devient bancale (à la fin de la lecture, un doute taraude qui oblige à relire les premières pages et à se dire que finalement, il y a une pièce de l'intrigue qui s'emboîte plutôt très mal. Mais tout est bien qui finit bien dans le meilleur des mondes, dans une ville américaine plus saine...

Citation

Je ressentis le léger désappointement de la patiente qui secoue son analyste endormi en s'écriant : 'Mais ma vie sexuelle ne vous intéresse donc pas ?'

Rédacteur: Julien Védrenne dimanche 12 mai 2013
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