Le Voleur de cadavres

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mardi 13 novembre

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Roman - Noir

Le Voleur de cadavres

Braquage/Cambriolage - Corruption MAJ vendredi 25 janvier 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,8 €

Patrícia Melo
Ladrão de cadáveres - 2010
Traduit du portugais (Brésil) par Sébastien Roy
Arles : Actes Sud, octobre 2012
218 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-330-01243-4
Coll. "Actes Noirs"

Dégradation totale

Jean-Luc Godard, cinéaste emblématique de la Nouvelle vague, disait que même la façon de déplacer une caméra dans un film était une question morale. Dans le roman noir, il est aussi question de morale et, souvent, soit on penche du coté de la morale, privée ou publique - il faut reconstituer l'ordre détruit par le crime -, soit, à l'inverse, on se tourne vers l'immoralité - finalement le crime paie. Plus rares sont les ouvrages que nous pourrions qualifier d'amoraux, c'est-à-dire ceux où les personnages agissent sans se soucier du bien fondé éthique de leurs actes.

Avec Le Voleur de cadavres, de la Brésilienne Patrícia Melo, c'est cette option qui est prise. Le héros du roman est une véritable éponge qui va où le poussent ses envies et ses sentiments. Il est amoureux d'une jeune policière mais celle-ci ne se donnera à lui qu'après le mariage ? Tant pis, en attendant, il couchera avec la femme de son cousin. Il lui donnera même une enfant qu'il refusera de reconnaître. Il découvre un mourant dans la jungle ? Il le dépouille et revend la drogue que ce dernier transportait. Les autres personnages ne sont pas mieux à l'instar de cet ami qui accepte bien vite l'argent facile de la drogue, de cette jeune policière qui découvre que par amour elle est prête à trahir ses collègues - de toute façon, ils sont tous corrompus -, ou de ce père de policière qui passe son temps à mentir pour avoir quelques pièces qu'il redonne à sa maîtresse... Seuls, peut-être, au milieu de ce magma lamentable de gens qui ne pensent qu'à leur intérêt, des parents qui veulent retrouver le corps de leur fils pour pouvoir l'enterrer. Ce seul fait moral du roman donne d'ailleurs lieu à une escroquerie, où tous les protagonistes essaient de se servir au passage.

Le récit se déroule dans de petites bourgades le long de l'Amazonie. Le climat local joue, semble-t-il, sur la déliquescence des mœurs. Patrícia Melo restitue, avec une écriture aiguisée, la moiteur des lieux, les corps fatigués, les relâchements de la torpeur, cette masse de petites trahisons quotidiennes que chacun accomplit pour continuer à vivre. C'est cet instinct de survie, au milieu d'une nature hostile et d'humains qui ne le sont pas moins (on enterre les vivants qui vous déplaisent et on exhume les cadavres qui pourraient vous servir) qui forge l'ossature du Voleur de cadavres, récit où la psychologie s'efface devant la volonté entomologique de décrire une société humaine, trop humaine, trop bassement humaine.

Citation

Ces types savent comment suborner. Ils sont très efficaces, et ils s'y prennent d'une telle façon qu'on sent même pas qu'on est en train de se laisser corrompre. À vrai dire, tu crois même que tu leur fais une faveur.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 23 janvier 2013
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