L'Échappée

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mardi 20 novembre

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Roman - Noir

L'Échappée

Braquage/Cambriolage - Road Movie MAJ vendredi 16 novembre 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5


Réédition

Tout public

Prix: 8,65 €

Jim Thompson
The Geteway - 1958
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Pierre Bondil
Paris : Rivages, octobre 2012
240 p. ; 17 x 11 cm
ISBN 978-2-7436-2414-9
Coll. "Noir", 887

Bien mal acquis...

Loin du roman noir habituel, Jim Thompson se lance dans le récit d'un road movie (book serait plus judicieux) où la trahison, les faits d'armes et de braquages, et les sentiments ont un rôle prépondérant. Tout débute comme dans un conte de voleurs pour finir comme le pire cauchemar d'une société qui n'a d'idéale que le nom et non la terminaison. Et l'on comprend que l'échappée peut être belle par essence mais surtout vaine et désespérante.

Doc McCoy, n'en déplaise à son homonyme patronymique procureur incorruptible dans la série New York Police District", est de la race des gangsters sanguinaires. De ceux qui fomentent un coup avec des complices, mais qui ne laissent aucun témoin et qui, plutôt que de partager un butin, préfèrent se l'accaparer. Et pourtant, sous la plume de Jim Thompson, le sinistre individu nous apparait sympathique. On va l'observer - dès sa sortie de prison anticipée due à la corruption d'un juge - organiser un braquage de banque avec un associé qu'il sera contraint de tuer deux fois (il n'est alors pas le premier à trahir même si les faits montrent qu'il aurait préféré trahir, frapper et tuer le premier). L'histoire commence dans la plus pure tradition du roman de gangsters avec préparation d'un casse. Jim Thompson développe son intrigue en amenant un à un ses trois personnages principaux. Doc, Rudy et Carol. Rudy, c'est l'électron incontrôlable à la violence innée, il sera le premier à se méfier de Doc et à le maîtriser (un temps). Carol, c'est l'amour fou de Doc, une femme époustouflante dont il est éloigné depuis quatre ans. La prison, ça ne pardonne pas.

Le braquage se règle vite et simplement, la suite, non. Tout d'abord éliminer Rudy, puis faire face aux très nombreux impondérables, puis fuir dans une paranoïa omniprésente. Carol doute de Doc qui doute de Carol. Le schéma est simple et universel. Ils s'épient, cherchent à comprendre les double-sens. Ils n'ont plus ces réactions épidermiques et chimiques qui faisaient qu'ils se comprenaient sans explications. Chacun cherche les double-sens aux propos de l'autre, chacun a peur d'être mal interprété. Et là où le bât va blesser c'est que Doc est froid et concentré sur un but, un vrai pro, alors que Rudy réagit de façon émotionnelle. Tout au long de leur fuite vers le Paradis des voleurs (une espèce de société régit par un homme dans un territoire sud-américain à l'abri du reste du monde, et qui ne conduit que les arrivants fortunés vers un appauvrissement certain et une mort encore plus certaine comme une allégorie de l'inanité d'une vie basée sur une fortune amassée de façon malhonnête), c'est Rudy qui multiplie les couacs et qui du coup culpabilise encore plus, doute et instaure le doute.

Et c'est bien là que réside la force de ce roman. Dans sa description des interactions entre les différents personnages. Comment Jim Thompson arrive à nous rendre, aussi, sympathiques des monstres sanguinaires non pas à l'aide d'un quelconque code du bandit (puisqu'il n'est question que de trahison) mais d'actions et de réactions, de forces et de faiblesses. Même les pires des crapules sont attirantes. Ainsi, l'une des ultimes étapes de leur fuite éperdue les amène à rencontrer Ma Santis. "Fille de criminel, épouse de criminel, mère de six fils devenus des criminels. Deux d'entre eux avaient péri lors de fusillades avec la police ; deux autres, à l'instar de leur père, étaient morts sur la chaise électrique. Sur les deux qui restaient, un était en prison, l'autre, Earl, en liberté." Cette espèce de Ma Dalton est la seule que l'on respecte et la seule que l'on craint. C'est l'ordre personnifié. Et, quelque part, c'est justement parce que Doc aura failli à une parole qu'il lui a donnée que symboliquement il signera l'acte de sa déchéance...


On en parle : 813 n°115

Citation

L'arrière de son crâne cogna contre un rocher dans le lit de la rivière. Le choc souligna et renforça cet aspect de cadavre. Et donc, loin de lui octroyer une seconde balle, Doc lui accorda à peine un second regard.

Rédacteur: Julien Védrenne dimanche 04 novembre 2012
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