Nous avons toujours vécu au château

Je ne voulais pas penser à cet enfant, à ce qu'il éprouvait en ce moment, à ce qu'il ressentirait plus tard. Avoir de la curiosité pour ça, c'est inviter les ténèbres dans son âme. Mais j'avais mal pour lui. J'aurais voulu l'aider, d'une façon ou d'une autre. Le prévenir, aussi - lui parler des cauchemars qui meurtriraient ses nuits, ainsi que de la gêne, des hésitations, des silences de son entourage.
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Roman - Noir

Nous avons toujours vécu au château

Psychologique - Huis-clos MAJ jeudi 25 octobre 2012

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 8,65 €

Shirley Jackson
We Have Always Lived in the Castle - 1962
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean-Paul Gratias
Paris : Rivages, septembre 2012
234 p. ; 17 x 11 cm
ISBN 978-2-7436-2398-2
Coll. "Noir", 880

Onirisme et affabulations

Nous avons toujours vécu au château, de la romancière Shirley Jackson, fait réellement partie de ces ouvrages inclassables que l'on peut avoir la chance de tenir entre ses mains. Les premières lignes sont à la fois simples et étonnantes. Mary Katherine Blackwood se présente de façon détachée - amusante pourrait-on être amené à penser. De toute évidence, il s'agit d'une enfant. D'une enfant de dix-huit qui vit avec sa grande s&oeligu;ur, personnage généreux et foncièrement bon, et son oncle, vieil homme au cerveau détruit qui ressasse le passé, et qui raconte et écrit sempiternellement les mêmes histoires, dans une grande maison qui a été fastueuse. C'était avant que le reste de la famille soit retrouvé mort empoisonné - alors qu'elle adore l'amanite phalloïde. C'était avant que les villageois se mettent à haïr les survivants.

Shirley Jackson raconte alors l'histoire d'un trio qui vit harmonieusement reclus dans sa maison, à l'abri des murs qui entourent la propriété. Mary Katherine, insouciante, passe son temps dans le jardin a enterrer des objets de valeur, elle se terre dans son repère, elle souhaite rester une enfant dans un monde d'enfant, et sa grande sœur en des gestes protecteurs car elle subodore l'acte qu'elle a un temps commis lui excuse tout. Elle, Mary Katherine, prend soin de sa grande sœur et ne veut surtout pas qu'un grain de sable vienne perturber l'équilibre fragile de leur univers onirique. Et c'est un parent éloigné qui va jouer le rôle de ce grain de sable. Avide de l'immense fortune qu'il sent à sa portée, il n'aura de cesse de séduire Constance, et de vouloir scinder le trio familial. Cela aura pour unique incidence que de mettre en branle l'étrange procédé vengeresque de Mary Katherine, une enfant détruite mentalement, déjà moult fois assassine, qui n'hésitera pas à tout anéantir pour le faire fuir. Dans le même temps, les passions diaboliques, la haine et la violence vont s'abattre car les villageois laissent également ressurgir la bête qui est en eux et faire preuve d'une inhumanité à faire peur. Ils auront beau par la suite se sentir coupables et tenter d'obtenir une rédemption, plus rien ne sera jamais comme avant.

C'est cette histoire surprenante, d'une romancière à l'héritage fantastique et gothique, qui est narrée dans un style inénarrable mais étrangement classique avec levée progressive d'un voile qui ne surprendra personne. On pourra se demander ce que ce roman fait dans une collection de romans policiers tant il n'y a pas sa place (sans vraiment que l'on trouve à y redire). Shirley Jackson a écrit un roman inclassable, peu qualifiable, dans une veine quasiment fantastique aux confins des folies. Et les éditions Rivages nous le proposent dans une nouvelle traduction intégrale... on appelle ça un must.


On en parle : 813 n°115

Citation

Je m'appelle Mary Katherine Blackwood. J'ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur Constance. J'ai souvent pensé qu'avec un peu de chance, j'aurais pu naître loup-garou, l'index est aussi long que le majeur, mais j'ai dû me contenter de ce que j'avais.

Rédacteur: Julien Védrenne mercredi 24 octobre 2012
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